À l’issue de la troisième édition de la Grande Rencontre des Compliance et Risk Officers (GRCRO), organisée les 8 et 9 juillet 2026 à Lomé, les professionnels africains de la conformité, de la gestion des risques, de l’audit et de la régulation financière ont adopté une série de recommandations destinées à renforcer les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. C’était sous la direction perspicace de Maître Nikada Batchoudi, un avocat togolais au barreau de Luxembourg et figure majeure de la gouvernance financière en Afrique qui préside l’Association Togolaise des Compliance Officers (ATCO) et dirige l’Afrika Compliance Academy et qui, en plus est l’initiateur de cette Grande Rencontre des Compliance et Risk Officers (GRCRO). Les participants appellent à une action concertée des États, des régulateurs, des institutions financières et des partenaires internationaux afin de bâtir un système financier africain plus résilient, transparent et conforme aux standards internationaux.
Par Dimas DZIKODO
Réunis dans la capitale togolaise sous le haut patronage du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, les experts ont consacré cette troisième édition au thème : « La fraude, la corruption et les autres infractions sous-jacentes au blanchiment des capitaux et au financement du terrorisme à l’ère de l’intelligence artificielle ». Dans leur déclaration finale, les participants soulignent que le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme constituent des menaces majeures pour la stabilité économique, la transparence financière et la sécurité des États africains. Ils estiment que ces phénomènes, aggravés par la mondialisation des flux financiers et l’évolution rapide des technologies numériques, exigent désormais une réponse collective dépassant largement les frontières nationales.

Les professionnels rappellent que les recommandations du Groupe d’action financière (GAFI) demeurent le principal référentiel international permettant de préserver l’intégrité des systèmes financiers. Toutefois, ils constatent que, malgré les progrès enregistrés sur le continent — notamment l’adoption de législations conformes aux standards internationaux, le renforcement des Cellules de renseignements financiers (CRF) et l’amélioration de la coopération entre États —, les dispositifs africains demeurent encore inégalement développés.
Une vulnérabilité persistante des économies africaines
La déclaration met en évidence plusieurs facteurs qui continuent d’exposer les économies africaines aux risques de criminalité financière. Les participants citent notamment l’importance du secteur informel, la porosité des frontières, la faiblesse de certaines chaînes de contrôle, l’insuffisance des mécanismes de coordination entre institutions publiques ainsi que les retards observés dans la transformation numérique des administrations.

Les experts considèrent également que les fonctions de conformité, de gestion des risques et d’audit interne sont désormais devenues des piliers essentiels de la gouvernance financière moderne. Leur efficacité conditionne non seulement la solidité des établissements financiers mais également la confiance des investisseurs nationaux et étrangers.
L’intelligence artificielle au cœur des nouveaux défis
L’un des enseignements majeurs de cette rencontre concerne l’impact des nouvelles technologies sur la lutte contre la criminalité financière. Selon les participants, l’essor des fintechs, des cryptoactifs, des paiements numériques transfrontaliers et des outils fondés sur l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives pour améliorer la détection des opérations suspectes. Toutefois, ces innovations créent également de nouveaux risques en matière de traçabilité, de supervision, de cybersécurité et de conformité réglementaire.

Les spécialistes recommandent ainsi un usage responsable de l’intelligence artificielle, notamment dans les procédures de connaissance du client (KYC), de vigilance renforcée (Due Diligence) et d’analyse comportementale des opérations financières, tout en exigeant la transparence des algorithmes, la maîtrise des biais technologiques, la protection des données personnelles et le maintien d’un contrôle humain permanent.
Dix recommandations pour renforcer la gouvernance financière
La déclaration finale formule une série de dix recommandations destinées aux autorités publiques, aux régulateurs, aux institutions financières, aux entreprises, aux professions non financières désignées (EPNFD) ainsi qu’aux prestataires d’actifs virtuels.
Les participants préconisent notamment :
-une appropriation complète des obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme par l’ensemble des acteurs économiques, à travers des dispositifs permanents de contrôle interne fondés sur une approche par les risques ;
-l’intégration systématique de la fraude, de la corruption et des risques liés à l’intelligence artificielle dans les mécanismes de prévention ;

-le renforcement de l’identification des personnes politiquement exposées (PPE) et des bénéficiaires effectifs grâce à la création de registres fiables et actualisés ;
-une coopération plus étroite entre les institutions financières, les autorités de supervision et les Cellules de renseignements financiers afin d’améliorer la qualité des déclarations d’opérations suspectes ;
-un investissement durable dans la formation des professionnels et le développement d’une véritable culture de conformité au sein des organisations ;
-des auto-évaluations régulières des dispositifs de lutte contre le blanchiment afin d’assurer leur amélioration continue.
Moderniser les cadres juridiques et renforcer l’intégration régionale
Les participants invitent également les États africains à adapter leurs législations aux évolutions technologiques afin de maintenir leur conformité avec les normes internationales du GAFI. Ils recommandent par ailleurs de garantir une autonomie accrue aux Cellules de renseignements financiers, en leur assurant un meilleur accès aux bases de données financières et fiscales nécessaires à leurs missions.
Enfin, la déclaration insiste sur la nécessité d’approfondir la coopération régionale à travers l’harmonisation des dispositifs juridiques et opérationnels au sein des principales organisations d’intégration économique du continent, notamment la CEDEAO, la CEMAC et la SADC.
Une ambition continentale
Au-delà des recommandations techniques, les travaux de la troisième Grande Rencontre des Compliance et Risk Officers traduisent la volonté des professionnels africains de faire de la conformité et de la gouvernance financière des instruments stratégiques du développement économique.

Dans un contexte marqué par la sophistication croissante des réseaux criminels et l’accélération de la transformation numérique, les participants estiment que seule une mobilisation coordonnée des États, des institutions financières, des entreprises et des partenaires internationaux permettra de préserver l’intégrité des systèmes financiers africains et de renforcer leur crédibilité sur la scène mondiale.
Adoptées à Lomé le 9 juillet 2026, ces recommandations constituent une feuille de route destinée à accompagner les réformes engagées sur le continent et à consolider la lutte contre les flux financiers illicites, la corruption, le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans une Afrique résolument tournée vers les standards internationaux de bonne gouvernance financière.
Dimas DZIKODO

