
L’ancien ministre et avocat togolais Me Jean Yaovi Degli est sorti de son silence pour dénoncer ce qu’il qualifie de grave affaire criminelle impliquant l’utilisation d’un drone pour déverser du poison dans sa résidence de Kpalimé. Dans un communiqué rendu public ce 8 juin 2026, le président du mouvement « Bâtir le Togo » affirme être victime d’une opération préméditée qui a causé la mort de plus de 1 300 poissons et continue de menacer la sécurité des personnes vivant sur les lieux.
Par Dimas DZIKODO
Une opération préparée et exécutée par drone
Selon Me Degli, les faits remontent aux 7 et 8 novembre 2025. Il affirme qu’un drone serait venu effectuer un repérage de sa résidence située dans le quartier Kligue Kondji à Kpalimé dans la soirée du 7 novembre, avant de revenir le lendemain pour mener une opération d’empoisonnement.

Dans son récit, l’appareil, dont les bras mesuraient environ un mètre, transportait des sachets plastiques contenant une substance toxique sous forme de poudre blanche. Le drone se serait positionné au-dessus des palmiers dominant plusieurs installations de la résidence avant de répandre le produit.
« Les bras de ce drone (…) étaient porteurs de sachets plastiques contenant du poison sous forme de poudre blanche », écrit-il, précisant que l’appareil aurait déversé la substance « aussi bien dans les bacs à poissons que sur les noix de palmes, les fougères et les spadices ».
Les conséquences auraient été immédiates. Plus de 1 300 poissons seraient morts dans les heures et jours ayant suivi l’incident, tandis que d’autres animaux continueraient à succomber aux effets de la contamination.
Une plainte déposée dès les premières heures
Informé par son gardien, l’avocat indique avoir saisi verbalement le parquet de Kpalimé dès le jour des faits. Les forces de sécurité et la police judiciaire se seraient ensuite rendues sur les lieux pour effectuer les premières constatations.
Le 10 novembre 2025, il affirme avoir formalisé sa démarche par une plainte écrite accompagnée d’un ensemble d’éléments matériels présentés comme des preuves : poissons morts, sachet de poison retrouvé dans la résidence, photographies, enregistrements vidéo et échantillons de végétaux contaminés.
Me Degli révèle également avoir transmis aux autorités des informations relatives à des menaces qu’il aurait reçues auparavant en raison de ses prises de position sur certaines questions locales à Kpalimé.
« J’ai personnellement pu donner des noms de certains suspects », indique-t-il, ajoutant que ces alertes l’avaient conduit à prendre des mesures préventives pour protéger certaines installations de sa résidence.
Des soupçons visant des citoyens et des personnalités bénéficiant d’immunités
L’ancien ministre explique avoir distingué deux catégories de personnes suspectées : des citoyens ordinaires susceptibles de faire l’objet de poursuites judiciaires classiques et des responsables politico-administratifs bénéficiant d’une immunité de juridiction.

Pour cette raison, il affirme avoir déposé deux plaintes distinctes. La première concernait les personnes ne bénéficiant d’aucune protection particulière, tandis que la seconde visait des personnalités dont les poursuites nécessiteraient une procédure préalable de levée d’immunité.
Cette démarche devait, selon lui, permettre d’accélérer les investigations concernant les suspects ordinaires sans attendre les procédures spécifiques relatives aux personnalités protégées.
Sept mois d’attente et aucune enquête effective
Le point le plus alarmant du communiqué concerne l’évolution du dossier judiciaire. Me Degli affirme qu’aucune enquête sérieuse n’aurait été menée depuis la saisine de la justice, soit plus de sept mois après les faits.
Selon lui, plusieurs actes de procédure destinés à différents services de l’État auraient été systématiquement bloqués au niveau hiérarchique, empêchant le déclenchement des investigations.
Il dénonce également une situation qu’il juge juridiquement incompréhensible. Après le dépôt de sa seconde plainte visant des personnes bénéficiant d’une immunité, il affirme que des pressions auraient été exercées afin que l’autorité judiciaire saisie du premier dossier se déclare incompétente.
« Au lieu que la procédure permettant la levée de leur immunité soit enclenchée (…), il a plutôt été demandé au rouage de la justice en charge de la première plainte de se déclarer incompétent », soutient-il.
Disparition d’échantillons et inquiétudes sur la conservation des preuves
Parmi les révélations les plus préoccupantes figure la disparition présumée d’éléments de preuve. Me Degli affirme que les échantillons prélevés à deux reprises sur les poissons morts ainsi que sur les produits végétaux contaminés n’auraient jamais fait l’objet d’analyses toxicologiques.
Plus grave encore, ces échantillons auraient disparu: « On vient de nous informer que les échantillons (…) ont disparu comme par enchantement », déplore-t-il. Pour l’avocat, cette situation compromet gravement la manifestation de la vérité alors que les autres preuves matérielles continueraient à se dégrader avec le temps.
Accusations de blocage et appel aux autorités
Dans son communiqué, Me Degli accuse certaines personnalités du monde politique et judiciaire de chercher à étouffer l’affaire, soit pour protéger les auteurs présumés, soit pour régler des différends personnels avec lui. Il estime être victime d’un véritable déni de justice et considère que ses droits fondamentaux de citoyen sont bafoués. « Il est inadmissible que des personnes censées protéger les citoyens et/ou faire appliquer la loi se servent de leur position pour violer les droits des citoyens », affirme-t-il.
L’ancien ministre lance un appel aux plus hautes autorités du pays afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire qu’il présente comme une menace grave pour la sécurité publique.
La promesse de nouvelles révélations
En conclusion, Me Jean Yaovi Degli annonce qu’il se réserve le droit d’engager d’autres actions dans les prochains jours. Il indique également être prêt à divulguer davantage d’informations concernant les personnes qu’il estime impliquées dans ce qu’il qualifie de « machination ».

Prenant à témoin les autorités togolaises, l’opinion publique nationale ainsi que la communauté internationale, l’ancien ministre demande que les enquêtes soient enfin conduites et que les responsabilités soient établies.
Plus de sept mois après les faits allégués, cette affaire soulève désormais des interrogations non seulement sur les circonstances de l’attaque dénoncée, mais également sur le traitement judiciaire qui lui a été réservé.
Cette affaire ne saurait être banalisée ni réduite à une simple anecdote. À l’heure où, dans plusieurs pays de la sous-région, des groupes terroristes et criminels recourent de plus en plus aux drones pour mener des opérations de reconnaissance, de surveillance ou d’attaque, tout usage suspect de ces engins doit être considéré avec le plus grand sérieux.
Si les faits rapportés sont établis par les enquêtes, il s’agirait d’un acte d’une gravité exceptionnelle, portant atteinte non seulement à la sécurité d’un citoyen, mais également à l’ordre public et à la sécurité nationale. Dans un contexte régional marqué par l’évolution rapide des menaces sécuritaires, aucune légèreté ne peut être tolérée face à de telles allégations.
Il appartient donc à la justice, aux services de sécurité et aux autorités politiques compétentes de faire toute la lumière sur cette affaire, d’identifier avec rigueur les auteurs, commanditaires et éventuels complices, puis de veiller à ce qu’ils répondent de leurs actes conformément aux lois de la République. La lutte contre l’impunité demeure une exigence fondamentale de l’État de droit. Toute menace utilisant des moyens technologiques susceptibles de mettre en danger des vies humaines doit faire l’objet d’investigations approfondies et de sanctions exemplaires, afin de préserver la sécurité des citoyens et de prévenir la répétition de tels actes.
Par ailleurs, toute tentative d’entraver la manifestation de la vérité, de détourner les procédures judiciaires ou d’utiliser l’appareil judiciaire pour soustraire des malfaiteurs à leurs responsabilités doit être fermement combattue. Les personnes qui, par leur influence, leur position ou leurs manœuvres, chercheraient à protéger les auteurs d’actes criminels ou à faire obstacle à la justice doivent être identifiées et sanctionnées conformément à la loi. Dans une société démocratique fondée sur l’État de droit, il est inadmissible que des réseaux de protection ou de complaisance puissent prospérer au détriment de la sécurité collective et du droit des victimes à obtenir vérité et justice. Seule une action impartiale, rigoureuse et transparente des institutions permettra de renforcer la confiance des citoyens et de dissuader durablement de tels comportements.
Dimas DZIKODO

