La ville de Kpalimé, située à environ 120 kilomètres au nord de Lomé, accueille depuis lundi le Forum Territoires d’Afrique « Zéro Déchet », qui réunit plus de 300 participants venus du Togo et de plusieurs autres pays africains. Placée sous le signe de la coopération territoriale et de l’innovation environnementale, cette rencontre ambitionne de faire émerger des solutions concrètes aux défis de la gestion des déchets sur le continent et de contribuer à la définition d’une position africaine commune en perspective de la 31ᵉ Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP31), prévue à Antalya, en Türkiye.
Par Dimas DZIKODO
La problématique de la gestion durable des déchets, devenue l’un des défis majeurs de l’urbanisation et du développement territorial en Afrique, mobilise les acteurs institutionnels, économiques et sociaux réunis à Kpalimé. À travers le Forum Territoires d’Afrique « Zéro Déchet », le Togo entend favoriser une réflexion collective sur les mécanismes susceptibles de transformer les pratiques de gestion des déchets et de promouvoir des modèles de développement davantage respectueux de l’environnement.

La cérémonie officielle d’ouverture, présidée lundi par le ministre chargé de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection côtière et du Changement climatique, Dodzi Komla Kokoroko, a donné le coup d’envoi de travaux auxquels prennent part des élus locaux, des parlementaires, des autorités traditionnelles, des universitaires, des partenaires techniques et financiers, des opérateurs économiques, des représentants de la société civile ainsi que des jeunes engagés dans la protection de l’environnement.
Cette diversité d’acteurs traduit la volonté des organisateurs de privilégier une approche inclusive et concertée, fondée sur la complémentarité des responsabilités et la mutualisation des expériences. Les échanges s’articulent notamment autour des innovations en matière de collecte, de tri, de recyclage et de valorisation des déchets, ainsi que des stratégies permettant aux collectivités territoriales africaines de renforcer durablement leurs capacités d’intervention.
Vers une position africaine commune à la COP31
Au-delà du partage d’expériences, le forum poursuit une ambition diplomatique et environnementale majeure : contribuer à l’élaboration d’une position africaine commune sur les enjeux liés aux déchets, destinée à nourrir les discussions lors de la COP31, prévue à Antalya, en Türkiye. Cette perspective confère à la rencontre de Kpalimé une dimension stratégique. Elle offre aux collectivités africaines l’occasion de faire entendre leurs préoccupations spécifiques dans les négociations internationales sur le climat, notamment en ce qui concerne le financement des infrastructures de gestion des déchets, le transfert de technologies, le renforcement des capacités locales et la promotion de l’économie circulaire.

L’enjeu consiste également à inscrire la gestion des déchets dans une vision plus globale du développement durable, en tenant compte de ses implications sanitaires, économiques, sociales et climatiques. Dans un contexte marqué par l’accroissement des volumes de déchets et les insuffisances persistantes des dispositifs de traitement, la recherche de solutions adaptées aux réalités africaines apparaît comme une nécessité pressante.
Le Togo affirme son leadership environnemental
L’organisation de cette rencontre s’inscrit dans le prolongement de l’engagement du Togo en faveur d’une gouvernance environnementale fondée sur la coopération et l’innovation. Selon le ministère chargé de l’Environnement, le pays assure le leadership du Chapitre Afrique de l’Initiative Zéro Déchet, une responsabilité qui lui confère un rôle de mobilisation et de coordination des efforts continentaux dans ce domaine.
À travers cette position, le Togo entend encourager l’adoption de politiques publiques favorisant la réduction des déchets à la source, leur valorisation économique et l’émergence de pratiques relevant de l’économie circulaire. Cette orientation suppose une implication accrue des collectivités territoriales, appelées à jouer un rôle déterminant dans la conception et la mise en œuvre des politiques locales de salubrité publique. Elle nécessite également une collaboration étroite avec les entreprises, les organisations communautaires et les partenaires au développement afin de mobiliser les ressources techniques et financières indispensables.

Pour les autorités togolaises, la réussite de cette transformation repose sur une démarche collective associant l’ensemble des parties prenantes et privilégiant des réponses pragmatiques, durables et adaptées aux spécificités des territoires.
Faire des déchets une ressource pour le développement
L’un des enjeux fondamentaux des travaux de Kpalimé réside dans la nécessité de faire évoluer les approches traditionnelles de gestion des déchets vers des modèles intégrant leur potentiel de valorisation économique. Le développement des filières de recyclage, la transformation des déchets organiques, la promotion de l’entrepreneuriat environnemental et l’amélioration des infrastructures de traitement constituent autant de pistes susceptibles de contribuer à la création d’emplois, à l’assainissement des villes et à la réduction des pressions exercées sur les écosystèmes.
Dans cette perspective, les collectivités territoriales apparaissent comme des acteurs essentiels de la transition écologique. Leur proximité avec les populations leur permet d’identifier les besoins prioritaires, de promouvoir des comportements responsables et de développer des initiatives adaptées aux contraintes locales. En accueillant cette rencontre continentale, Kpalimé se positionne ainsi comme un espace de concertation consacré à l’avenir environnemental des territoires africains.

La portée du forum se mesurera toutefois à la capacité des participants à traduire les réflexions engagées en recommandations opérationnelles, en partenariats structurants et en engagements susceptibles d’être effectivement mis en œuvre. À l’approche de la COP31, l’initiative portée par le Togo pourrait ainsi contribuer à renforcer la place des collectivités territoriales africaines dans les débats internationaux sur le climat et à faire de la gestion durable des déchets un véritable levier de développement économique, de résilience environnementale et d’amélioration du cadre de vie des populations.
Dimas DZIKODO

