À Beijing, le président chinois exhorte le Parti, l’armée et le peuple à préserver l’héritage de la Longue Marche, à renforcer leur unité et à relever les défis de la modernisation nationale.
Par Dimas DZIKODO
La Chine a commémoré, jeudi 22 octobre, le 90e anniversaire de la victoire de la Longue Marche de l’Armée rouge, l’un des épisodes majeurs de son histoire révolutionnaire. Organisée au Grand Palais du peuple, à Beijing, en présence d’environ 3 000 participants, cette cérémonie solennelle a été marquée par un important discours du président Xi Jinping, également secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) et président de la Commission militaire centrale. Au-delà de l’hommage rendu aux combattants révolutionnaires, le dirigeant chinois a défini les principales orientations politiques, économiques, militaires et idéologiques devant guider la Chine dans ce qu’il appelle la « nouvelle Longue Marche », une métaphore de la poursuite de la modernisation et du renouveau national.

Une commémoration placée sous le signe de la mémoire et de la continuité historique
Devant les hauts responsables du Parti, de l’État, de l’armée et les représentants de différentes composantes de la société chinoise, Xi Jinping a souligné l’importance de préserver la mémoire de la Longue Marche, considérée par le PCC comme un événement déterminant pour la survie du mouvement communiste chinois et la poursuite de sa révolution. À son initiative, l’ensemble des participants s’est levé pour observer une minute de silence à la mémoire des combattants tombés pendant la Longue Marche et les autres luttes révolutionnaires. Le président chinois a également rendu hommage aux dirigeants historiques Mao Zedong, Zhou Enlai et Zhu De, ainsi qu’aux populations qui avaient apporté leur soutien à l’Armée rouge.

Dans son discours, Xi Jinping a rappelé que la Longue Marche avait été rendue possible, selon son analyse, par la direction du Parti, la fermeté des convictions révolutionnaires, l’adaptation des stratégies aux réalités du terrain et le soutien des populations. Il a particulièrement insisté sur la nécessité de maintenir cet héritage vivant, en déclarant : « Ce n’est qu’en gardant l’histoire à l’esprit que nous pourrons bâtir un avenir meilleur. » Cette affirmation résume la dimension politique donnée à la commémoration : mobiliser le souvenir des événements de 1934 à 1936 pour soutenir les objectifs actuels de développement, de cohésion nationale et de transformation économique de la Chine.
Les cinq grandes orientations définies par Xi Jinping
Le discours présidentiel a dépassé le cadre historique pour tracer les priorités de la Chine contemporaine. Xi Jinping a identifié cinq exigences fondamentales devant accompagner la poursuite de la nouvelle Longue Marche :
La première concerne la fidélité aux idéaux et aux convictions du Parti communiste chinois. Le président a appelé les membres du PCC à préserver leur engagement idéologique, à maintenir la confiance dans la voie socialiste chinoise et à poursuivre leur mission au service du peuple. Dans cette perspective, il a présenté les convictions politiques comme un facteur essentiel de cohésion et de continuité de l’action publique.

La deuxième orientation porte sur la poursuite d’un développement économique de haute qualité et l’amélioration des conditions de vie des populations. Xi Jinping a insisté sur la nécessité de conjuguer croissance économique, progrès social et prospérité commune. Selon lui, la modernisation chinoise doit permettre une amélioration qualitative de l’économie, tout en assurant un partage plus large des fruits du développement.
La troisième priorité concerne la capacité de la Chine à affronter les défis nationaux et internationaux. Face à un environnement géopolitique complexe et à des incertitudes économiques persistantes, le président chinois a demandé de renforcer la capacité du pays à anticiper les risques, à préserver sa sécurité et à faire face aux épreuves. Cette orientation traduit la volonté des autorités chinoises d’articuler plus étroitement développement économique, sécurité nationale et résilience stratégique.

Le quatrième axe est consacré à la modernisation de l’Armée populaire de libération. Xi Jinping a réaffirmé l’objectif de transformer les forces armées chinoises en une armée de rang mondial, à travers les réformes institutionnelles, les innovations technologiques, la formation des personnels et le renforcement des capacités opérationnelles. Il a également rappelé la nécessité de maintenir la direction du Parti sur l’institution militaire et de poursuivre les objectifs fixés pour le centenaire de l’armée, en 2027.
Enfin, la cinquième orientation concerne le renforcement de la direction du PCC et de sa discipline interne. Le président a appelé à approfondir la gouvernance rigoureuse du Parti, à consolider son unité et à améliorer ses capacités d’organisation, de mobilisation et d’encadrement politique.
La Longue Marche, de la survie révolutionnaire à la modernisation chinoise
Au cœur du discours présidentiel se trouve une volonté de rapprocher deux périodes de l’histoire chinoise : celle de la lutte révolutionnaire du XXe siècle et celle de la construction d’une puissance économique, industrielle et technologique au XXIe siècle. Pour Xi Jinping, la Longue Marche représente une expérience historique dont les enseignements peuvent être transposés aux défis actuels. La persévérance face aux difficultés, l’adaptation stratégique, la discipline collective et la mobilisation populaire constituent, dans cette lecture, les principaux éléments de continuité.

Le dirigeant chinois a ainsi appelé ses compatriotes à poursuivre les efforts engagés pour faire de la Chine un pays socialiste moderne et réaliser les objectifs nationaux de développement à long terme. La portée de cette orientation est également internationale. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les mutations commerciales et les rivalités technologiques, Beijing entend renforcer sa capacité d’innovation, consolider ses moyens de défense et préserver ses marges d’autonomie stratégique. La référence à la nouvelle Longue Marche s’inscrit ainsi dans un discours politique qui associe la mémoire révolutionnaire aux ambitions contemporaines de la Chine.
Rappel historique : la Longue Marche, une retraite militaire devenue un tournant politique
La Longue Marche désigne une succession de retraites militaires entreprises entre octobre 1934 et octobre 1936 par plusieurs formations de l’Armée rouge chinoise, alors engagées dans une guerre civile contre les forces nationalistes du Kuomintang, dirigées par Tchang Kaï-chek. En octobre 1934, confrontée aux offensives de l’armée nationaliste et à la dégradation de sa situation militaire, l’Armée rouge centrale quitte sa principale base révolutionnaire du Jiangxi, dans le sud-est de la Chine. Commence alors une retraite particulièrement éprouvante, au cours de laquelle les combattants traversent des fleuves, franchissent des chaînes montagneuses, progressent à travers des marécages et affrontent de nombreuses attaques ennemies.

La Longue Marche est marquée par des pertes humaines considérables, dues aux combats, aux maladies, à la faim et à l’épuisement. Elle constitue initialement une opération de repli destinée à éviter l’anéantissement des forces communistes. Un événement déterminant intervient en janvier 1935 avec la conférence de Zunyi, dans la province du Guizhou. Cette réunion contribue à réorganiser la direction politique et militaire du mouvement communiste et marque une étape décisive dans l’ascension de Mao Zedong au sein du PCC.
Après un parcours présenté dans l’historiographie officielle chinoise comme ayant atteint 25 000 li, soit environ 12 500 kilomètres pour l’itinéraire de référence, les différentes forces de l’Armée rouge parviennent progressivement à se regrouper dans le nord-ouest du pays. La convergence des principales formations en octobre 1936 marque la fin de la Longue Marche.

Militairement, l’opération avait été extrêmement coûteuse. Politiquement, elle permit néanmoins au mouvement communiste de préserver une partie de ses forces, de consolider sa direction et de disposer d’une nouvelle base à partir de laquelle poursuivre son combat. Elle occupa par la suite une place centrale dans le récit de la révolution chinoise qui conduisit à la proclamation de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949. Quatre-vingt-dix ans après son achèvement, la Longue Marche demeure ainsi une référence majeure dans la mémoire historique et politique du PCC.
Un héritage historique au service des ambitions contemporaines
En commémorant la victoire de la Longue Marche, les dirigeants chinois entendent rappeler les fondements historiques de leur système politique tout en mobilisant la société autour des défis du présent. Pour Xi Jinping, les transformations économiques, les avancées technologiques, les réformes institutionnelles et le renforcement des capacités nationales doivent s’inscrire dans une démarche de continuité historique. Dans la dernière partie de son intervention, le président a appelé le Parti, l’armée et l’ensemble des groupes ethniques du pays à renforcer leur unité autour du Comité central, à promouvoir l’esprit de la Longue Marche et à poursuivre l’œuvre engagée par les générations révolutionnaires.

Son appel final, invitant la nation chinoise à accomplir de nouvelles réalisations sur la route de la « nouvelle Longue Marche », donne toute sa signification à cette commémoration. À travers ce 90e anniversaire, Beijing réaffirme ainsi une orientation centrale de son discours politique : faire de l’expérience révolutionnaire une source de mobilisation pour la modernisation nationale, tout en présentant la cohésion politique, le développement économique et la sécurité comme des priorités étroitement liées.
Dimas DZIKODO

