Le 9ᵉ Congrès panafricain s’ouvre ce lundi matin à Lomé pour quatre jours de débats, réunissant officiels, chercheurs, membres de la diaspora et militants venus du continent.
La liste complète des intervenants n’est pas encore publiée, mais l’ambition est nette : réinventer le panafricanisme dans un monde en profonde mutation.
Créé en 1900 à Londres, le Congrès panafricain fut un pivot de la mobilisation intellectuelle et politique contre le racisme et la domination coloniale.
De Du Bois à Nkrumah, de Padmore à Kenyatta, ces rencontres ont façonné les idéaux d’indépendance, d’unité et de dignité de l’Afrique moderne.
Lomé s’inscrit dans cet héritage et pose une question décisive : comment adapter l’idéal panafricaniste aux défis du XXIᵉ siècle ?
Parmi les thèmes majeurs figure la place de l’Afrique dans les institutions internationales.
Face à l’inertie de l’ONU, du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC, le continent réclame plus de poids, notamment :
🪢 Un siège africain permanent au Conseil de sécurité ;
🪢 Une représentation accrue dans les institutions financières ;
🪢 Une révision de règles multilatérales jugées défavorables.
Le Congrès entend ainsi harmoniser les voix africaines sur ces enjeux stratégiques.
Plus d’un siècle après sa naissance, le panafricanisme demeure un espace de débats… et de fractures.
Jusqu’en 1945, il fut porté par la diaspora américaine et caribéenne.
Manchester 1945 marque un tournant : les leaders africains, engagés dans la lutte anticoloniale, prennent la tête du mouvement.
Une divergence apparaît alors entre panafricanisme universaliste et panafricanisme révolutionnaire.
Dans les années 1960, deux visions s’opposent :
🪢 Casablanca, favorable à une union politique rapide ;
🪢 Monrovia, partisans de coopérations souples entre États souverains.
La création de l’Organisation de l’unité africaine consacre la ligne modérée et déçoit les tenants d’une fédération continentale.
Le mouvement se diversifie ensuite, partagé entre courants révolutionnaires, approches identitaires, travaux académiques et initiatives d’ONG.
Plusieurs institutions se réclament du Congrès panafricain, parfois sans lien réel avec l’origine historique.
États, partis, militants et organisations de la diaspora s’approprient le terme selon leurs priorités : souveraineté économique, développement, décolonisation, identité ou intégration régionale.
Cette pluralité est une richesse, mais elle expose le mouvement à des récupérations politiques et à des risques de confusion.
Malgré ses ruptures, le Congrès panafricain demeure un repère majeur.
Il a inspiré les luttes de libération, animé les débats sur l’unité africaine et continue de concentrer espoirs et déceptions.
Le Congrès de Lomé pose donc une question centrale : le panafricanisme peut-il retrouver une cohérence commune ou restera-t-il marqué par une diversité éclatée ?
La réponse se dessinera peut-être dans les quatre jours à venir.
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