De Lomé à Paris, le parcours d’un créateur qui fait du FIMO228 bien plus qu’un festival : une véritable passerelle entre l’Afrique et les grandes capitales de la mode. Il y a des hommes qui suivent les tendances. D’autres qui contribuent à les créer. Jacques Kodjo Egnonam Logoh appartient résolument à la seconde catégorie. Styliste, modéliste, entrepreneur culturel et promoteur de mode, le jeune Togolais a progressivement construit, à force de travail, de persévérance et d’audace, un écosystème qui dépasse aujourd’hui largement les frontières du Togo. À travers sa griffe Jacques Logoh Couture et surtout le Festival International de la Mode au Togo, FIMO228, il œuvre depuis plus d’une décennie à installer la création africaine dans le grand concert de la mode internationale.
Par Dimas DZIKODO

Son histoire est celle d’une passion devenue vocation, puis d’une vocation transformée en véritable projet culturel et économique.
Une passion née très tôt
Chez Jacques Logoh, la mode n’est pas née d’une stratégie de carrière. Elle remonte à l’enfance. Très jeune, il s’intéresse aux vêtements, aux formes, aux matières et à l’élégance. Sa mère, couturière, lui fournit ses premiers tissus et participe, presque naturellement, à l’éveil de cette sensibilité créative. Il confectionne alors des vêtements pour les poupées de sa petite sœur et commence à développer un regard singulier sur l’habillement.

Mais choisir la mode dans un environnement où d’autres destins étaient envisagés pour lui n’allait pas de soi. Jacques Logoh va pourtant assumer progressivement ce choix, apprendre, expérimenter et surtout travailler. Le mannequinat constitue une première étape déterminante. En 2011, il crée Challenge Modeling Agency, une agence destinée notamment à la formation, au recrutement et au placement de mannequins. Cette expérience lui permet de comprendre la mode non seulement depuis le podium, mais aussi depuis les coulisses : la mise en scène, la formation, l’image, la production et les exigences d’un secteur appelé à devenir une véritable industrie. C’est dans cette dynamique qu’émerge son projet le plus emblématique.
FIMO228 : lorsque la mode devient une diplomatie culturelle
En 2013, Jacques Logoh fonde le Festival International de la Mode au Togo, devenu le FIMO228. L’idée est alors ambitieuse : créer au Togo une plateforme capable de réunir créateurs, mannequins, photographes, maquilleurs, coiffeurs, professionnels de la communication et autres acteurs de la chaîne de valeur de la mode.
Plus qu’un défilé, le FIMO228 va progressivement devenir un espace de rencontres, de découverte et de circulation des talents. Son ambition est claire : faire de la mode un instrument de rayonnement culturel.

Au fil des éditions, Lomé accueille ainsi des créateurs venus du continent africain et de la diaspora. Le festival s’impose progressivement comme une vitrine de la création africaine contemporaine et comme un lieu où les jeunes talents peuvent rencontrer des professionnels, des médias et des publics nouveaux.
RFI présentait déjà Jacques Logoh, en 2023, comme un défenseur de la mode africaine et soulignait le rôle du FIMO228 dans la mise en lumière des jeunes créateurs africains et des professionnels confirmés. Cette dimension panafricaine constitue probablement l’une des grandes originalités du projet. Car Jacques Logoh ne conçoit pas la mode africaine comme un univers fermé sur lui-même. Il veut au contraire la connecter au reste du monde.
De Lomé à Paris : changer d’échelle
Cette vision va progressivement prendre une dimension internationale. Après avoir consolidé le FIMO228 à Lomé, Jacques Logoh entreprend de porter le concept au-delà des frontières togolaises. Le FIMO228 Édition France constitue à cet égard une étape majeure. En septembre 2024, un défilé organisé à Paris dans le cadre de cette déclinaison du festival a permis de présenter au public parisien plusieurs créateurs africains, dans un contexte particulièrement symbolique : celui de la Fashion Week parisienne.

La démarche est révélatrice de la philosophie du jeune créateur togolais : il ne s’agit plus seulement de demander au monde de venir découvrir la mode africaine à Lomé. Il s’agit aussi de faire voyager cette mode vers les grandes places internationales.
Cette stratégie connaît une nouvelle étape en février 2026 avec l’implantation officielle à Paris de Jacques Logoh Couture. La maison entend ainsi inscrire durablement la signature du créateur togolais dans l’un des écosystèmes les plus exigeants et les plus emblématiques de la planète mode.
Le mouvement est donc désormais clairement assumé : partir du Togo, porter une identité africaine, dialoguer avec les autres cultures et conquérir progressivement les grandes scènes internationales.
Jacques Logoh Couture : l’élégance dans la simplicité
Si le FIMO228 est la grande plateforme collective de Jacques Logoh, Jacques Logoh Couture constitue son expression personnelle. Sa signature esthétique privilégie une élégance sobre, des lignes fluides et une certaine épure. RFI décrivait déjà ses collections comme fluides, épurées et colorées, avec une attention particulière portée à l’élégance de la silhouette.

Cette recherche de simplicité n’est cependant pas synonyme de banalité. Elle traduit plutôt une conception de la mode comme vêtement à vivre. Jacques Logoh revendique une création qui soit à la fois esthétique, accessible et portable. Dans une présentation de son parcours, il insiste précisément sur cette volonté de proposer une mode qui ne soit pas seulement spectaculaire sur un podium, mais qui puisse trouver sa place dans la vie quotidienne. C’est peut-être là que réside l’une des forces de sa démarche : réussir à conjuguer identité, création et fonctionnalité.
Une mode africaine qui refuse d’être enfermée
Jacques Logoh appartient à cette génération de créateurs africains qui ne veulent plus que la mode du continent soit uniquement regardée sous l’angle de l’exotisme. Son approche repose sur une conviction plus ambitieuse : l’Afrique doit pouvoir produire des créateurs capables de participer pleinement au dialogue mondial de la mode. Le FIMO228 devient alors un outil de cette ambition.

À Lomé, Paris et désormais sur d’autres scènes internationales, le festival fonctionne comme une plateforme de circulation. Les créateurs africains y trouvent une visibilité ; les professionnels internationaux découvrent de nouveaux talents ; les mannequins acquièrent de l’expérience ; les jeunes entrepreneurs peuvent entrevoir des débouchés. En ce sens, le FIMO228 est aussi un projet de structuration d’une industrie. La 13ᵉ édition, organisée en février 2026 autour du thème « Naître et renaître », a confirmé cette volonté de faire du rendez-vous une plateforme de promotion du génie créatif togolais et de structuration de l’écosystème de la mode.
Un festival devenu marque internationale
La trajectoire du FIMO228 est désormais celle d’une marque culturelle. Après les éditions organisées au Togo et son développement en France, le projet s’ouvre progressivement à d’autres horizons. La maison Jacques Logoh évoque notamment le développement du FIMO228 aux États-Unis, avec un projet à Atlanta selon les propres confidences de Jacques Logoh Couture lui-même.

Cette internationalisation est importante pour une raison essentielle : elle transforme le FIMO228 en réseau de connexion entre les talents africains et les marchés internationaux. L’enjeu n’est donc plus uniquement d’organiser chaque année un grand événement à Lomé. Il s’agit désormais de créer un circuit. Un circuit permettant à un créateur découvert à Lomé de pouvoir être présenté à Paris, puis ailleurs ; à un mannequin togolais de rencontrer des professionnels internationaux ; à une marque africaine de trouver de nouveaux marchés ; et, surtout, à la création africaine de prendre place dans les conversations mondiales sur la mode.
Shanghai, nouvelle frontière
C’est dans cette logique d’ouverture que s’inscrit la prochaine étape annoncée du parcours de Jacques Logoh : Shanghai, en Chine, en septembre prochain. Lors de son séjour à Shanghai fin juillet début août où il a suivi le séminaire des jeunes leaders togolais sur le leadership, il a rencontré des créateurs Shanghaiens à ce propos.

Après Lomé et Paris, cette perspective asiatique est particulièrement significative. Shanghai constitue l’une des grandes métropoles économiques et créatives du monde. Pour un créateur togolais, y présenter son univers représente bien davantage qu’un simple déplacement professionnel : c’est une occasion supplémentaire de confronter la création africaine à un autre public, à d’autres esthétiques et à un autre marché.
La présence annoncée de Jacques Logoh à Shanghai s’inscrit ainsi dans une trajectoire qui paraît désormais cohérente : faire voyager la création togolaise, multiplier les passerelles et inscrire la mode africaine dans un espace véritablement mondial.

Si Paris représente l’une des capitales historiques de la haute couture, Shanghai symbolise, elle, une Asie en pleine affirmation comme puissance économique, culturelle et créative. Pour le créateur togolais, le défi est donc passionnant : montrer que l’Afrique peut dialoguer avec l’Asie non seulement comme source d’inspiration, mais aussi comme force créative.
Jacques Logoh, ambassadeur d’une nouvelle génération
Au-delà des vêtements et des podiums, Jacques Logoh construit progressivement une véritable vision. Sa démarche repose sur trois piliers : créer, transmettre et connecter. Créer à travers Jacques Logoh Couture. Transmettre à travers les différentes activités du FIMO228, qui offrent visibilité et opportunités aux jeunes talents. Connecter, enfin, en faisant circuler les créateurs africains entre les différentes capitales de la mode.
Cette philosophie explique sans doute pourquoi son parcours dépasse aujourd’hui celui d’un simple styliste. Il est devenu un entrepreneur culturel, un organisateur d’événements, un promoteur de talents et un acteur du rayonnement de la création africaine. Son parcours est d’autant plus remarquable qu’il s’est construit progressivement, sans brûler les étapes : mannequin, fondateur d’agence, promoteur de festival, créateur de mode, entrepreneur culturel, puis implantation internationale de sa propre maison.

Le Togo comme point de départ, le monde comme horizon
Il y a, dans l’itinéraire de Jacques Logoh, quelque chose qui dépasse sa seule réussite personnelle. Son parcours raconte aussi l’évolution d’une partie de la création togolaise. Pendant longtemps, les talents africains ont dû se déplacer vers les grandes capitales internationales pour espérer être vus. Aujourd’hui, une nouvelle génération d’acteurs culturels cherche à inverser le mouvement : créer des plateformes sur le continent, professionnaliser les filières, construire des marques et ensuite exporter ces talents vers le reste du monde.
Le FIMO228 est l’une des expressions les plus visibles de cette mutation. En un peu plus d’une décennie, le festival est passé d’une initiative togolaise à une plateforme à vocation internationale. Sa présence à Paris et les perspectives d’expansion vers d’autres continents témoignent de cette évolution. Jacques Logoh semble avoir compris une chose essentielle : la bataille de la mode africaine ne se gagnera pas seulement sur les podiums. Elle se gagnera aussi dans la capacité à créer des réseaux, à professionnaliser les acteurs, à construire des marques et à raconter une identité.

La mode comme langage
Dans cette perspective, Jacques Logoh ne réduit pas la mode à l’apparence. Il la considère comme un langage. Un langage capable de raconter une histoire, de porter une identité et de créer un dialogue entre les peuples. Cette vision est au cœur de la philosophie qu’il revendique : la mode comme « langage », comme « mémoire vivante » et comme moyen de raconter les identités tout en participant à la construction du futur. Voilà probablement pourquoi son aventure dépasse aujourd’hui les frontières du Togo.
De Lomé à Paris, et bientôt annoncée à Shanghai, Jacques Logoh poursuit une même ambition : faire de la création togolaise une voix qui compte dans le concert de la mode internationale. Et derrière le nom FIMO228, désormais connu bien au-delà des frontières nationales, se dessine une ambition encore plus vaste : celle d’un Togo qui ne se contente plus d’être spectateur des grandes transformations culturelles mondiales, mais qui entend y prendre sa place, avec ses créateurs, son identité, son talent et sa propre signature.

Jacques Logoh n’habille donc pas seulement des silhouettes. Il contribue à habiller une ambition : celle d’une mode africaine conquérante, ouverte sur le monde et fière de ses racines.
Dimas DZIKODO

