Alors que les équilibres géopolitiques mondiaux connaissent de profondes mutations, la Chine réunit ce mercredi dans sa capitale diplomates, chercheurs et responsables institutionnels d’Afrique, du monde arabe et d’Asie autour d’un séminaire consacré aux « 70 ans de relations diplomatiques Chine-Afrique et Chine-Monde arabe ». Plus qu’une simple commémoration historique, cette rencontre apparaît comme une nouvelle étape dans la consolidation d’un partenariat stratégique fondé sur la coopération Sud-Sud et la construction d’un ordre international plus inclusif.
Organisé par l’Institut chinois des études internationales, le séminaire, auquel nous avons participé depuis le Togo, a rassemblé à Beijing plusieurs ambassadeurs accrédités en Chine, des représentants de l’Union africaine et de la Ligue des États arabes, ainsi que des universitaires et experts intervenant aussi bien en présentiel qu’en ligne depuis différentes régions du monde.
La session d’ouverture est notamment marquée par les interventions de S.E. M. Mamina Cyprien Sylvestre, ambassadeur de la République du Congo en Chine, de S.E. M. Khaled Nazmy, ambassadeur de la République arabe d’Égypte en Chine, ainsi que de S.E. M. Alhaji Mohamed Sarjoh Bah, représentant permanent de l’Union africaine en Chine. Leurs prises de parole ont mis en lumière l’évolution d’un partenariat devenu, au fil des décennies, un pilier majeur des relations Sud-Sud.
La présence de M. Ahmed Mustafa Fahmy, chef du Bureau de représentation de la Ligue des États arabes en Chine, illustre quant à elle l’importance accordée au dialogue sino-arabe dans un contexte international marqué par des défis économiques, sécuritaires et énergétiques de plus en plus interdépendants. Son intervention a été édifiante à ce propos.
Au-delà des représentants diplomatiques, les travaux accordent une place importante au monde académique et à la réflexion stratégique. Parmi les intervenants figure Liu Hongwu, doyen de l’Institut des études africaines de l’Université normale du Zhejiang, reconnu comme l’un des spécialistes chinois les plus influents des questions africaines. Ses recherches ont largement contribué à l’approfondissement de la compréhension mutuelle entre la Chine et les pays africains.
Les débats ont bénéficié également de la contribution du colonel Joseph Simbakalia, maître de conférences principal à l’Académie de leadership Nyerere en Tanzanie, institution créée pour former une nouvelle génération de dirigeants africains à partir des idéaux panafricains hérités de Julius Nyerere. Son intervention a été particulièrement pointue sur les questions de gouvernance, de leadership et de coopération entre les pays du Sud.
Depuis l’Afrique du Sud, Funeka Yazini April, directrice du Global South North Centre, a participé aux échanges en ligne. Connue pour ses analyses sur les relations internationales et le rôle croissant du Sud global dans la gouvernance mondiale, elle a apporté une perspective académique et stratégique sur les nouvelles formes de coopération internationale surtout celle entre la Chine et les pays africains.
Le séminaire a également accueilli M. Wang Guangda, secrétaire général du Centre de recherche Chine–Monde arabe sur la réforme et le développement et l’intervention remarquée de Mme Yuan Xiaohui, Directrice de l’Institut des Études sur l’Asie occidentale et l’Afrique à l’Académie chinoise de coopération économique et commerciale internationale. Leurs expertises ont porté principalement sur les dynamiques économiques, commerciales, culturelles et politiques qui façonnent les relations sinon-africaines et sino-arabes dans un contexte de transformations régionales et mondiales.
La dimension africaine de la rencontre est renforcée par la participation de Sheriff Ghali Ibrahim, chercheur au Centre de recherche contemporaine Chine–Afrique au Nigéria, ainsi que de María del Mar Bonkanka Tabares, première vice-présidente du Conseil économique et social de la Guinée équatoriale. Leurs contributions illustrent la diversité des approches africaines face aux enjeux de développement, d’intégration régionale et de coopération avec la Chine.
Le choix de ces intervenants traduit la volonté de souligner le caractère institutionnel et multilatéral du dialogue engagé depuis plusieurs décennies entre la Chine, l’Afrique et le monde arabe.
Cette diversité de profils témoigne d’une approche qui dépasse désormais le seul cadre diplomatique pour intégrer les dimensions intellectuelles, économiques, académiques et culturelles du partenariat.
Au-delà du thème officiel de la rencontre — « Bâtir ensemble une communauté d’avenir partagé » — se dessine une ambition politique plus vaste. Beijing, les pays africains et arabes cherchent à renforcer les convergences entre trois ensembles géographiques qui représentent une part croissante de la population mondiale, des ressources stratégiques et des perspectives de croissance économique.
Soixante-dix ans après les premiers échanges diplomatiques formels, les relations entre la Chine, l’Afrique et les pays arabes ont profondément évolué. D’une solidarité politique forgée dans le contexte des luttes anticoloniales et des mouvements de libération nationale, elles se sont progressivement transformées en un réseau dense de coopérations couvrant les infrastructures, le commerce, les investissements, l’éducation, la santé, la sécurité et les nouvelles technologies.
Dans un contexte international marqué par les rivalités stratégiques, les tensions commerciales et les crises régionales persistantes, la réunion de Pékin revêt également une dimension symbolique. Elle offre à la Chine l’occasion de réaffirmer son attachement au multilatéralisme et à la coopération avec les pays du Sud, tandis que les partenaires africains et arabes y voient une plateforme d’expression de leurs aspirations à une gouvernance mondiale plus équilibrée.
Au-delà des discours, l’enjeu essentiel de ce séminaire réside dans la définition des contours futurs de cette coopération triangulaire. Les débats ont notamment porté sur les mécanismes permettant d’approfondir les échanges économiques, de renforcer les partenariats en matière d’innovation et de promouvoir une voix commune sur les grands dossiers internationaux.
À Beijing, le message est clair : après soixante-dix années de relations diplomatiques, la Chine, l’Afrique et le monde arabe entendent transformer leur héritage historique en un levier d’influence collective pour peser davantage dans la configuration du monde de demain.
Dimas DZIKODO

