Promoteur du Festival international de mode du Togo, FIMO 228, Jacques Logoh porte une ambition qui dépasse les frontières nationales : donner aux créateurs togolais et africains une scène, une visibilité et des perspectives professionnelles. Après la quatrième édition française du festival, organisée du 25 au 27 septembre au Pavillon Gravelle à Paris dans la capitale française, il revient avec Forum de la Semaine sur sa démarche et expose sa vision de l’avenir.

Forum de la Semaine : Pour ceux qui vous découvrent, et veulent connaître plus Jacques Logoh, qu’est-ce qui vous anime le plus dans votre métier de styliste ?
Jacques Logoh : Je suis un créateur togolais et le promoteur du Festival international de mode du Togo, le FIMO 228. Ce qui m’anime, c’est la possibilité de raconter quelque chose à travers le vêtement : une identité, une sensibilité, une manière de regarder le monde. Je souhaite que mes créations suscitent une émotion, mais aussi qu’elles puissent être portées et trouver leur place dans la vie des gens. Mon engagement dépasse également mon travail personnel. À travers le festival, je veux contribuer à faire connaître d’autres talents et à ouvrir des perspectives à la mode de mon pays.

Forum de la Semaine : Comment définissez-vous votre univers créatif et la place du Togo dans votre travail ?
Jacques Logoh : Mon identité togolaise constitue un ancrage. Elle nourrit mon regard, mon rapport aux couleurs, aux silhouettes et à la manière dont un vêtement exprime une personnalité. Mais une identité artistique se construit aussi dans la rencontre et dans la recherche. Je veux proposer une création qui assume ses racines tout en dialoguant avec les sensibilités contemporaines. Pour moi, faire rayonner le Togo consiste à montrer que nous pouvons apporter une proposition originale, avec une exigence de qualité capable de convaincre des publics différents.

Forum de la Semaine : Vous êtes à la fois styliste et promoteur d’un festival international. Comment articulez-vous ces deux responsabilités ?
Jacques Logoh : Ces deux responsabilités se complètent, même si chacune demande beaucoup d’énergie. Le styliste travaille sur une vision artistique, sur la cohérence d’une collection et sur la qualité de son exécution. Le promoteur doit réunir les conditions permettant à plusieurs créateurs de présenter leur travail : une organisation, un lieu, des partenaires, une communication et un public. Cette double position m’amène à penser toute la chaîne. Une belle collection a besoin d’être découverte ; un événement doit donner aux collections une présentation à la hauteur du travail accompli.

Forum de la Semaine : Quel besoin vous a poussé à créer le FIMO 228, puis à lui donner une dimension internationale ?
Jacques Logoh : Le FIMO 228 répond à une volonté de mettre les talents en lumière et de créer des rencontres autour de la mode. Un créateur peut avoir beaucoup de potentiel et manquer d’occasions de présenter son travail dans un cadre professionnel. Le festival cherche à offrir cet espace. Sa dimension internationale prolonge cette démarche : permettre aux créateurs de rencontrer d’autres publics, de confronter leurs propositions à d’autres regards et de développer des relations au-delà de leur marché habituel. Le nom « 228 » conserve notre ancrage togolais, même lorsque l’événement voyage.

Forum de la Semaine : La quatrième édition française s’est tenue du 25 au 27 septembre au Pavillon Gravelle. Que représente cette étape parisienne pour vous ?
Jacques Logoh : Paris représente une scène particulièrement stimulante pour un rendez-vous consacré à la mode. Y présenter des créateurs africains, notamment togolais, donne une portée supplémentaire à notre démarche. Cette quatrième édition française témoigne aussi d’une volonté de continuité. Nous souhaitons inscrire le festival dans la durée et renforcer sa crédibilité à chaque étape. Ce qui compte pour moi, c’est que les participants puissent présenter leur univers avec dignité et que le public découvre la diversité des propositions réunies. Chaque édition doit nous permettre d’apprendre et de progresser.

Forum de la Semaine : L’événement a été salué pour son éclat. Comment transformer cette réussite sur les podiums en opportunités durables pour les créateurs ?
Jacques Logoh : C’est une question essentielle pour nous. La visibilité doit être prolongée par un travail de suivi. Il faut entretenir les contacts, rendre les collections accessibles, présenter clairement les offres et faciliter les échanges avec les personnes intéressées. Nous devons aussi distinguer les marques d’intérêt des engagements commerciaux réels. Mon ambition est que le festival aide les créateurs à construire des relations professionnelles solides. Pour mesurer sa portée, il faudra regarder ce que les rencontres produisent ensuite : des collaborations, des commandes ou de nouveaux débouchés.

Forum de la Semaine : Quelles exigences impose l’organisation d’un tel festival à l’étranger ?
Jacques Logoh : Elle exige de l’anticipation, de la rigueur et une bonne coordination. Il faut penser à la participation des créateurs, à la logistique, à la présentation des collections, à l’accueil et à la mobilisation du public. La réussite repose sur la cohérence de l’ensemble. Elle suppose également que chacun comprenne le projet et les responsabilités qui lui reviennent. Pour moi, le rôle du promoteur consiste à porter une vision tout en restant attentif aux détails. Le public découvre quelques heures de spectacle ; derrière ces heures, il y a tout un travail de préparation des mois durant.

Forum de la Semaine : Quelles sont, selon vous, les priorités pour faire de la mode togolaise une véritable filière économique ?
Jacques Logoh : Il faut relier la créativité à des capacités de production et de commercialisation. Cela passe par la formation, l’accès aux équipements, la qualité des finitions, le respect des délais et une meilleure connaissance des marchés. Un créateur doit pouvoir établir ses coûts, fixer ses prix et répondre à une commande dans de bonnes conditions. Nous avons aussi besoin de collaborations entre les différents métiers. Mon ambition est que la mode togolaise fasse vivre davantage de professionnels et que les jeunes puissent y construire un avenir sur des bases solides.

Forum de la Semaine : Comment gagner une place durable à l’international tout en préservant l’identité des créations togolaises et africaines ?
Jacques Logoh : Il faut approfondir ce qui fait notre singularité et lui donner une exécution irréprochable. L’identité peut attirer le regard ; la qualité et le professionnalisme permettent de construire la confiance. Nous devons être capables d’expliquer nos collections, de connaître les clients auxquels nous nous adressons et de proposer une offre cohérente. L’international demande aussi de la constance. Je souhaite que nos créateurs soient reconnus pour la force de leur travail et qu’ils puissent développer des marques dont la valeur s’affirme dans le temps.

Forum de la Semaine : Quel avenir souhaitez-vous construire pour Jacques Logoh et pour le FIMO 228 ?
Jacques Logoh : Je souhaite poursuivre mon travail de création et renforcer le festival comme espace de rencontre et de développement professionnel. Mon ambition est de voir davantage de talents togolais accéder à des opportunités internationales, tout en consolidant leur activité au pays. Le rayonnement prend tout son sens lorsqu’il produit des effets concrets pour les créateurs et les métiers qui les entourent. Si le FIMO 228 contribue à faire émerger des marques durables, à ouvrir des marchés et à donner confiance à une nouvelle génération, nous aurons accompli une part importante de notre mission.
Propos recueillis par Dimas DZIKODO

