
La République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé un accord de paix aux États-Unis pour mettre fin à des années de conflit entre les deux pays voisins.
Réunis hier vendredi au Département d’État à Washington, les ministres des Affaires étrangères des deux pays africains ont signé l’accord, négocié par le Togo et le Qatar, appuyés par les États-Unis.
Le Chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey qui assistait à la cérémonie a, au nom du Président Faure Gnassingbé, remercié les protagonistes et le Secrétaire d’Etat Marco Rubio pour la signature de cet accord de paix entre les deux pays. «Le Togo est à vos côtés pour contribuer à une paix durable dans la région des Grands Lacs» a-t-il ajouté.
Le Président Faure Gnassingbé a été officiellement désigné le samedi 12 avril par l’Union africaine (UA) comme Médiateur entre la République Démocratique du Congo (RDC) et la République du Rwanda, dans la crise de l’Est de la RDC. La décision a été entérinée par la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, à l’issue d’une procédure de silence.
Le leader togolais a pris ainsi officiellement la suite de son homologue angolais, João Manuel Gonçalves Lourenço, qui avait conduit jusque-là le processus de médiation, avant d’occuper la présidence en exercice de l’Union. Pour le Togo, il s’agit d’une nouvelle reconnaissance pour son engagement diplomatique en faveur de la paix et de la stabilité sur le continent.


“Le Président Faure Essozimna Gnassingbé contribuera activement à la recherche d’une paix durable, à la réconciliation et à la stabilité dans la région des Grands Lacs”, avait indiqué le ministre des affaires étrangères, Robert Dussey, peu après la confirmation de la désignation.
Le samedi 17 mai le Médiateur Faure Essozimna Gnassingbé, a réuni à Lomé le Panel des Facilitateurs, composé des anciens présidents Olusegun Obasanjo (Nigeria), Uhuru Kenyatta (Kenya), Mokgweetsi Masisi (Botswana), Cathérine Samba-Panza (Centrafricaine) et Sahle-Work Zewde (Éthiopie).
L’objectif de cette rencontre inédite était d’échanger de façon approfondie sur la médiation africaine, d’harmoniser les vues sur la base du principe de fusion des processus de Nairobi et de Luanda, et de poser les bases d’une coordination fluide et inclusive. Les discussions ont ainsi permis à Faure Gnassingbé de faire part au Panel de la contribution attendue des Facilitateurs dans le cadre de la médiation de l’UA.
Les différentes parties se sont en outre accordées sur la nécessité d’articuler de manière cohérente les différentes actions dans un cadre intégré, tout en mettant avant l’importance d’une collaboration renforcée avec les organisations régionales, comme la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), ainsi qu’avec des partenaires internationaux tels que le Qatar et les États-Unis d’Amérique.
Lomé avait adopté une démarche dialectique dans le cadre de sa médiation, en explorant toutes les nouvelles solutions de résolution du conflit, tout en conservant les avancées et en s’appuyant sur les acquis des différents processus et efforts entrepris.
«C’est avec optimisme et foi en l’avenir du continent que j’ai présidé à Lomé, en tant que médiateur de l’Union africaine pour la crise à l’Est de la RDC, la première réunion du panel des cofacilitateurs.» avait déclaré le Président Faure Gnassingbé avant d’ajouter: «Ces échanges avec les éminents cofacilitateurs, porteurs d’espoir ont permis d’harmoniser les vues et de poser les bases d’une coordination fluide et inclusive.»
L’accord signé à Washington DC prévoit que Kinshasa et Kigali lancent un cadre d’intégration économique régionale dans un délai de 90 jours et créent un mécanisme conjoint de coordination de la sécurité dans un délai de 30 jours. Selon ses termes, des milliers de soldats rwandais doivent se retirer de la RDC dans un délai de trois mois.


Il suscite l’espoir d’une fin des combats qui se sont intensifiés avec l’avancée des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, riches en minerais, cette année. Le conflit a fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers d’autres depuis janvier.
Cette escalade n’est que la dernière d’un cycle de tensions et de violences vieux de plusieurs décennies, dont les racines remontent au génocide rwandais de 1994.
« Ce moment s’est fait attendre. Il n’effacera pas la douleur, mais il peut commencer à restaurer ce que le conflit a privé de sécurité, de dignité et d’avenir à de nombreuses femmes, hommes et enfants », a déclaré la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner.
« Notre travail commence véritablement maintenant », a-t-elle ajouté lors de la signature, précisant que l’accord devrait être suivi par « le désengagement, la justice, le retour des familles déplacées et le retour des réfugiés, tant en RDC qu’au Rwanda ».
« Ceux qui ont le plus souffert nous observent. Ils attendent que cet accord soit respecté, et nous ne pouvons pas les décevoir », a-t-elle déclaré.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a déclaré que l’accord marquait un « tournant ».
Alors que le Rwanda nie les accusations de soutien au M23, Kigali a exigé la fin d’un autre groupe armé en RDC – les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) – créé par des Hutus liés aux massacres de Tutsis lors du génocide rwandais de 1994.
Lors de la signature, il a insisté sur « une fin irréversible et vérifiable » du « soutien » de la RDC aux FDLR. L’accord prévoit la « neutralisation » des FDLR.
En direct de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu en RDC, Alain Uaykani d’Al Jazeera a déclaré que l’accord constituait une « grande avancée », mais qu’une « confusion » régnait sur le terrain quant à l’absence de toute mention d’une date de retrait des rebelles du M23.
« Le Rwanda répète sans cesse qu’il n’est pas de son ressort de demander le départ du M23, car il s’agit d’un problème congolais », a-t-il déclaré, ajoutant que les rebelles nommaient des gouverneurs et contrôlaient les aéroports des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont ils ont pris les capitales en janvier et février.
Kinshasa, les Nations Unies et les puissances occidentales affirment que le Rwanda soutient le M23 en lui envoyant des troupes et des armes.
L’accord ne mentionne pas explicitement les gains du M23, mais appelle le Rwanda à mettre fin aux « mesures défensives » qu’il a prises. Le Rwanda a envoyé au moins quelques milliers de soldats de l’autre côté de la frontière pour soutenir le M23, selon des experts, des analystes et des diplomates de l’ONU.

