Réuni ce vendredi sous la présidence de Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil, le Conseil des ministres a franchi une nouvelle étape dans le processus de modernisation de l’administration publique en adoptant six décrets réglementaires majeurs ainsi que quatorze décrets portant reconnaissance de la désignation de chefs de canton. Les décisions prises traduisent une volonté affirmée de renforcer les capacités de l’État dans des secteurs stratégiques tels que la sécurité environnementale, la cybersécurité, les infrastructures routières, l’ingénierie publique et la gouvernance territoriale.

Par Dimas DZIKODO

Une nouvelle architecture pour la protection des ressources naturelles

Le Conseil a adopté un décret réorganisant le corps des agents des eaux et forêts. Cette réforme redéfinit les missions de cette force spécialisée autour de la gestion durable des ressources forestières, de la protection des aires protégées, de la lutte contre les infractions environnementales, du reboisement et de la préservation de la biodiversité.

Le nouveau dispositif institue une chaîne de commandement modernisée articulée autour d’un commandement central, de commandements régionaux et d’unités préfectorales, avec pour ambition d’améliorer l’efficacité opérationnelle de la politique nationale de protection de l’environnement.

Cyber Defense Africa élargit son champ d’action

Face à la montée des menaces numériques, le gouvernement a également procédé à l’actualisation du cadre réglementaire de Cyber Defense Africa (CDA). La réforme consacre une extension significative des missions de cette société, désormais autorisée à intervenir dans la conception, la production, la maintenance et la commercialisation de drones aériens, terrestres et maritimes. Cette évolution témoigne de la volonté des autorités de renforcer la souveraineté technologique du pays et de doter le Togo d’une expertise nationale dans les technologies de sécurité de nouvelle génération.

Une réforme structurelle de la gouvernance routière

Le secteur des infrastructures routières fait l’objet d’une profonde réorganisation institutionnelle avec la création de deux nouvelles structures complémentaires. La première est l’Agence des travaux et de gestion des routes du Togo (AGEROUTE TOGO), appelée à assurer la maîtrise d’ouvrage déléguée des projets routiers. Cette nouvelle agence aura pour mission de garantir une meilleure planification, une exécution plus rigoureuse des projets ainsi qu’une optimisation des investissements publics dans le domaine routier.

La seconde est la Société nationale de financement routier (SONAFIR), qui remplace la Société autonome de financement de l’entretien routier (SAFER). Dotée de compétences élargies, la SONAFIR aura pour responsabilité de mobiliser des ressources plus diversifiées afin d’assurer un financement durable des infrastructures routières.

À travers cette réforme, le gouvernement opère une séparation claire des fonctions : la SONAFIR financera les projets tandis que l’AGEROUTE TOGO en assurera la conduite technique et opérationnelle, conformément aux standards modernes de gouvernance publique.

Le Togo se dote d’un Bureau national d’ingénierie

Autre réforme majeure : la création du Bureau d’études et d’ingénierie du Togo (BEIT). Cette nouvelle institution répond aux insuffisances relevées dans le dispositif national d’ingénierie publique, notamment la dispersion des expertises et le recours important aux cabinets étrangers.

Le BEIT aura pour vocation d’accompagner l’État, les collectivités territoriales ainsi que les acteurs privés dans la conception, les études techniques, le suivi et le contrôle des grands projets structurants. L’objectif est de renforcer l’expertise nationale tout en réduisant les coûts liés aux assistances techniques extérieures.

Vers un guichet unique des infrastructures

Le Conseil des ministres a par ailleurs examiné en première lecture un projet de décret instituant un guichet unique des infrastructures. Cette plateforme numérique, alimentée grâce au Réseau national de correction centimétrique de position géographique (CENTIPOS), permettra de centraliser les données relatives aux réseaux d’eau, d’électricité, de télécommunications, de gaz et aux infrastructures routières.

Le futur dispositif vise à améliorer la coordination entre les différents gestionnaires d’infrastructures, à prévenir les dommages lors des travaux publics et à renforcer la sécurité des ouvrages stratégiques.

Quatorze chefs de canton officiellement reconnus

Au titre de la gouvernance territoriale, le Conseil des ministres a adopté quatorze décrets portant reconnaissance officielle de chefs de canton régulièrement désignés selon les procédures prévues par la loi relative à la chefferie traditionnelle. Cette reconnaissance, effectuée conformément aux dispositions de la loi du 8 janvier 2007, confère aux nouveaux chefs de canton leur statut officiel d’autorités traditionnelles chargées de préserver les us et coutumes et de contribuer à la cohésion sociale au sein de leurs communautés.

Une administration davantage tournée vers la performance

À travers l’ensemble de ces réformes, le gouvernement poursuit la transformation de l’appareil administratif en privilégiant la spécialisation des institutions, la clarification des responsabilités, le renforcement des capacités techniques nationales et l’amélioration de la gouvernance publique.

Qu’il s’agisse de la cybersécurité, de la protection de l’environnement, de l’ingénierie publique, du financement des infrastructures ou encore de l’organisation des autorités traditionnelles, les décisions adoptées lors de cette session traduisent une volonté de bâtir un État plus performant, capable de répondre aux exigences du développement durable, de la transformation économique et de la souveraineté nationale.

Dimas DZIKODO

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