Depuis quelques jours, les critiques ouvertes de Radio France Internationale (RFI) à l’endroit du président Faure Gnassingbé suscitent une vague d’interrogations sur les réseaux sociaux. Si pour certains, cela relève d’un simple exercice journalistique, pour d’autres, cela révèle un malaise plus profond : les tensions croissantes entre le Togo et l’ancienne puissance coloniale.
Car, en Afrique, quand un régime commence à faire l’objet d’un traitement dur ou orienté par la presse française dite « internationale », c’est souvent le signe que ce pouvoir tente une échappée hors des schémas traditionnels de dépendance. Et cela n’échappe plus à personne.
Un virage discret mais stratégique
Depuis plusieurs mois, Lomé semble opérer un virage silencieux vers une posture de souveraineté affirmée. Diplomatie équilibrée, rôle de médiateur régional, diversification des partenariats, affirmation d’une stabilité nationale dans un contexte sous-régional tendu… Le Togo de Faure Gnassingbé n’a pas opté pour la rupture frontale, mais pour une réinvention discrète du rapport aux puissances occidentales.
Ce positionnement rappelle – sans le clamer – les choix de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont tourné le dos à la France au nom de leur indépendance stratégique.
Le Togo, prochain membre de l’AES ?
Si le Togo n’est pas officiellement membre de l’AES, plusieurs observateurs notent que le pays partage certaines aspirations de ces régimes : reprise en main des leviers sécuritaires, renforcement de la souveraineté économique, montée en puissance du discours panafricaniste, et surtout volonté de se soustraire à la tutelle diplomatique française. Une dynamique qui pourrait faire du Togo un allié naturel, voire futur membre, de ce regroupement géopolitique en mutation.
Une presse française en mode « signal d’alerte » ?
Dans ce contexte, le rôle de certains médias français, notamment RFI, interroge. Pour nombre d’Africains, les attaques médiatiques venues de Paris ne sont jamais neutres : elles servent souvent à disqualifier un pouvoir africain devenu trop indépendant ou à préparer l’opinion à une éventuelle bascule.
Ce traitement médiatique pousse de nombreux citoyens africains à une lecture inverse : si Paris critique ouvertement un régime africain, c’est peut-être parce que ce dernier est sur la bonne voie vers sa libération.
La souveraineté a un prix
Les évolutions en cours au Togo méritent attention. Le pays ne fait pas de bruit, mais trace son propre modèle, entre prudence stratégique et ambition d’autonomie. Ce choix ne plaît pas à tout le monde, surtout à ceux qui y voient un affaiblissement de leur influence historique.
Mais comme le montrent les débats actuels sur la toile, notamment autour de l’AES, les peuples africains sont désormais attentifs aux signaux faibles, aux récits cachés derrière les lignes des médias internationaux.
Et si les critiques devenaient, à leur tour, des preuves de courage politique ?
Abdoulaye MAÏGA, Journaliste RTM Mali.

