L’émergence de l’Alliance des États du Sahel constitue un tournant historique majeur dans les relations franco-africaines.

Pour la première fois depuis les indépendances formelles des années 1960, trois États sahéliens — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — ont décidé de rompre simultanément avec les structures de domination héritées de la colonisation.

Cette rupture spectaculaire met en lumière un système longtemps nié par la France, mais que les faits confirment avec constance : la France-Afrique.

Il ne s’agit ni d’un concept théorique ni d’une invention complotiste.

C’est une réalité documentée, structurée et systémique.

Cette architecture de domination a survécu à la décolonisation formelle.

Elle s’est ensuite reconvertie en un néocolonialisme assumé.

Au-delà de la colonisation directe, la France-Afrique a prolongé les logiques coloniales sous d’autres formes.

Aujourd’hui, alors que les autorités maliennes, burkinabè et nigériennes affirment leur souveraineté retrouvée, il devient indispensable d’examiner avec lucidité les mécanismes de cette emprise.

Non pour nourrir une quelconque animosité, mais pour éclairer les citoyens africains et français sur les rouages d’un système qui a façonné le destin de générations entières.

Douze réalités s’imposent désormais.

Paris ne peut plus les dissimuler derrière la langue de bois diplomatique.

🪢 Première vérité : l’enrichissement français fondé sur l’exploitation africaine

La prospérité économique française de l’après-guerre ne s’explique pas uniquement par le plan Marshall ni par le génie industriel hexagonal.

Elle repose largement sur un accès privilégié, souvent quasi gratuit, aux ressources africaines.

Uranium du Niger alimentant les centrales nucléaires françaises à des prix dérisoires, pétrole gabonais, cacao ivoirien, phosphates sénégalais : la liste est longue.

Les accords de coopération signés dans la précipitation des indépendances ont permis à la France de conserver un contrôle déterminant sur les économies africaines.

Souvent secrets ou confidentiels, ces accords garantissaient à Paris un droit de préemption sur les ressources stratégiques, des conditions commerciales avantageuses et l’obligation pour les États africains de confier leurs secteurs clés à des entreprises françaises.

Pendant que les économies africaines stagnaient, prisonnières de cette dépendance structurelle, la France consolidait sa puissance.

Selon plusieurs études économiques, les transferts nets de richesses de l’Afrique vers la France depuis 1960 se chiffrent à plusieurs centaines de milliards d’euros.

Il s’agissait d’un pillage méthodique, déguisé en partenariat.

🪢 Deuxième vérité : la fabrication de dictateurs dociles

La longévité exceptionnelle de certains dirigeants africains ne doit rien au hasard, ni à un quelconque plébiscite populaire.

Tous ont bénéficié du soutien constant de Paris, qui voyait en eux des garants de la stabilité, c’est-à-dire de la préservation des intérêts français.

Peu importaient l’autoritarisme, la corruption ou les violations massives des droits humains.

L’essentiel était le maintien de ces pays dans l’orbite française.

Ce système de gouvernance par procuration a permis à la France d’exercer une influence considérable tout en se déchargeant des responsabilités directes.

Lorsque ces régimes réprimaient leurs populations, Paris détournait le regard.

Lorsqu’ils détournaient l’aide au développement, l’Élysée fermait les yeux.

En contrepartie, ces dirigeants signaient des contrats favorables aux entreprises françaises et votaient conformément aux orientations de Paris dans les instances internationales.

Le résultat fut des décennies de développement confisqué, de libertés bafouées et de richesses détournées, avec la bénédiction tacite ou explicite de l’ancienne métropole.

Troisième vérité : le pillage organisé des ressources

Les multinationales françaises n’opèrent pas en Afrique selon les règles du libre marché.

Elles bénéficient d’un accès privilégié, garanti par des accords bilatéraux négociés dans l’opacité.

Areva au Niger, Total en Afrique centrale et de l’Ouest, Bouygues et Bolloré à travers le continent : ces groupes ont bâti leur fortune sur l’exploitation des ressources africaines.

Au Niger, pendant des décennies, Areva a extrait l’uranium qui alimente près de 70 % du parc nucléaire français, à des tarifs largement inférieurs aux prix du marché.

Les populations locales, notamment à Arlit, ont payé le prix sanitaire de cette exploitation, avec des taux de cancer anormalement élevés, sans compensation adéquate ni protection environnementale digne de ce nom.

Au Gabon, Total a exploité le pétrole pendant un demi-siècle en reversant à l’État une part infime des bénéfices réels.

Les contrats, négociés dans le plus grand secret, contenaient des clauses léonines garantissant aux groupes français des marges confortables, quelles que soient les fluctuations du marché.

Cette extraction prédatrice a privé les États africains de ressources essentielles pour financer l’éducation, la santé et les infrastructures.

🪢 Quatrième vérité : le franc CFA, instrument de domination monétaire

Aucun symbole n’illustre mieux la persistance du système colonial que le franc CFA.

Créée en 1945, cette monnaie incarne l’une des formes les plus abouties de dépossession monétaire contemporaine.

Quatorze pays africains utilisent une monnaie qu’ils ne contrôlent pas, dont la valeur est fixée à Paris et dont la politique monétaire dépend du Trésor français.

Ces États sont contraints de déposer une part significative de leurs réserves de change sur des comptes d’opérations en France, se privant ainsi de marges d’investissement essentielles.

Ce système empêche toute politique monétaire adaptée aux réalités locales et condamne ces économies à la dépendance et à la stagnation.

Tous les grands dirigeants panafricanistes ont dénoncé ce mécanisme.

Tous ont été écartés ou neutralisés.

🪢 Cinquième vérité : la guerre contre les panafricanistes

L’histoire des relations franco-africaines est jalonnée de destins brisés.

Sylvanus Olympio, au Togo, fut assassiné en 1963 après avoir voulu créer une monnaie nationale.

Ruben Um Nyobè, au Cameroun, fut éliminé en 1958 en raison de son combat indépendantiste.

Félix Moumié fut empoisonné à Genève en 1960 par les services français.

Thomas Sankara, au Burkina Faso, fut abattu en 1987 lors d’un coup d’État soutenu par Paris.

Ces dirigeants incarnaient un projet de souveraineté réelle, d’unité africaine et de développement endogène.

Ils rejetaient la logique de la Françafrique et aspiraient à bâtir des sociétés plus égalitaires.

🪢 Sixième vérité : l’étouffement de l’indépendance réelle

Les indépendances africaines des années 1960 furent, pour la plupart, des indépendances de façade.

La France accepta d’abaisser son drapeau à la condition de conserver l’essentiel : le contrôle économique, monétaire, militaire et diplomatique.

Les accords de coopération imposés aux nouveaux États comportaient des clauses secrètes garantissant à Paris un droit de regard sur les décisions stratégiques.

Le contrôle des matières premières, l’obligation d’acheter français, la présence de conseillers techniques dans les ministères clés, ainsi que le maintien de bases militaires constituaient autant de mécanismes vidant l’indépendance de sa substance.

Les rares dirigeants ayant tenté de s’affranchir de cette tutelle furent rapidement rappelés à l’ordre.

Modibo Keïta, au Mali, fut renversé en 1968.

Ahmed Sékou Touré, en Guinée, fut soumis à des tentatives répétées de déstabilisation.

Mathieu Kérékou, au Bénin, fut contraint de revenir dans le giron français après des années de résistance.

Le message était clair : l’indépendance formelle, oui; la souveraineté réelle, jamais.

Les États africains pouvaient disposer d’un drapeau et d’un hymne national, mais les décisions essentielles continuaient d’être prises à Paris ou validées par Paris.

Ce système engendra une génération de dirigeants dont la légitimité reposait non sur le soutien populaire, mais sur la bénédiction de l’ancienne puissance coloniale.

Une anomalie historique, qui explique en grande partie les dysfonctionnements politiques persistants sur le continent.

🪢 Septième vérité : les interventions militaires au service des intérêts français

La France est la puissance occidentale qui intervient le plus militairement en Afrique.

Depuis 1960, on dénombre plus de cinquante interventions, officielles ou clandestines, sur le continent.

Opérations Tacaud au Tchad, Manta et Épervier, Licorne en Côte d’Ivoire, Serval au Mali, Barkhane dans le Sahel : la liste est impressionnante.

Le discours officiel présente ces interventions comme des missions de protection des civils ou de lutte contre le terrorisme.

La réalité est souvent plus prosaïque : protéger des régimes alliés menacés par leur propre population, sécuriser des zones d’exploitation de ressources stratégiques ou empêcher l’émergence de gouvernements hostiles aux intérêts français.

L’intervention en Libye en 2011, qui a conduit au renversement de Mouammar Kadhafi, illustre parfaitement cette logique.

Officiellement, il s’agissait de protéger les populations civiles de Benghazi.

En réalité, plusieurs motivations stratégiques apparaissent aujourd’hui clairement : empêcher la création d’une monnaie panafricaine adossée à l’or, contenir l’influence régionale de Kadhafi et préserver les intérêts pétroliers français.

Le résultat fut un pays plongé dans le chaos, une déstabilisation durable du Sahel et l’émergence de groupes terroristes servant ensuite de justification à de nouvelles interventions.

Les populations locales en paient le prix : civils tués, économies détruites, sociétés fracturées.

Pendant ce temps, les contrats avec les entreprises françaises se poursuivent.

🪢 Huitième vérité : l’instrumentalisation des divisions

La stratégie du diviser pour régner n’est pas une invention coloniale, mais la France l’a perfectionnée en Afrique.

En exploitant les rivalités ethniques, religieuses ou régionales, Paris a entretenu des équilibres fragiles garantissant son influence.

Au Rwanda, le soutien français au régime hutu extrémiste jusqu’au génocide de 1994 illustre tragiquement cette logique.

En Côte d’Ivoire, l’exploitation des tensions entre le Nord et le Sud a permis à la France de demeurer un acteur central de la vie politique.

Au Tchad, le jeu complexe entre groupes rebelles et pouvoir central a longtemps bénéficié d’arbitrages français.

Ces divisions entretenues artificiellement ont entravé l’émergence d’identités nationales fortes et de projets politiques fédérateurs.

Elles ont facilité l’ingérence française, présentée comme une médiation nécessaire.

En armant certains groupes, en finançant certains leaders et en légitimant certains clivages, Paris a maintenu une instabilité contrôlée justifiant sa présence durable.

Aujourd’hui encore, cette stratégie perdure.

🪢 Neuvième vérité : la diplomatie de façade

Le discours français sur l’Afrique abonde en envolées lyriques : partenariats, coopération, fraternité, francophonie.

Derrière cette rhétorique se dissimule une réalité bien moins reluisante.

Les sommets Afrique–France servent avant tout à légitimer le statu quo et à donner l’illusion d’un dialogue équilibré.

En réalité, les décisions majeures se prennent ailleurs, dans des échanges bilatéraux discrets entre l’Élysée et des dirigeants africains complaisants.

L’aide publique au développement, présentée comme un acte de solidarité, constitue souvent un instrument de contrôle.

Une large part revient aux entreprises françaises sous forme de contrats liés ; une autre sert des intérêts stratégiques ; une portion non négligeable alimente des réseaux opaques hérités de la Françafrique.

Cette diplomatie de façade entretient l’image d’une puissance bienveillante tout en perpétuant des mécanismes de domination.

🪢 Dixième vérité : le soutien aux mercenaires et aux groupes déstabilisateurs

Les autorités de l’Alliance des États du Sahel accusent la France de soutenir des groupes armés et des mercenaires dans la région.

Paris dément vigoureusement, mais de nombreux éléments troublants nourrissent ces soupçons.

La présence de mercenaires et d’instructeurs occidentaux aux côtés de groupes terroristes a été documentée à plusieurs reprises.

Cette stratégie de déstabilisation indirecte n’est pas nouvelle.

Durant la guerre froide, les services français recouraient déjà à des mercenaires comme Bob Denard.

L’objectif demeure le même : punir les États émancipés, démontrer leur prétendue incapacité à assurer la sécurité et préparer un retour de la France présentée comme indispensable.

🪢 Onzième vérité : la criminalisation des mouvements souverainistes

Tout mouvement africain revendiquant la pleine souveraineté est immédiatement stigmatisé par Paris et ses relais médiatiques.

Les qualificatifs se multiplient : populistes, anti-français, pro-russes, putschistes, juntes.

Cette stratégie vise à délégitimer toute émancipation.

Pourtant, ces mouvements répondent à des aspirations populaires profondes.

Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, des foules immenses ont célébré le départ des troupes françaises.

🪢 Douzième vérité : le refus d’autocritique et les leçons de démocratie

La France refuse toute remise en question profonde de son passé colonial et de ses pratiques néocoloniales.

Malgré quelques gestes symboliques, aucune rupture réelle n’a été engagée.

L’État français n’a jamais présenté d’excuses officielles, ni ouvert pleinement ses archives, ni engagé un véritable débat sur les réparations.

Tout en refusant ce travail de mémoire, Paris continue de donner des leçons de démocratie aux États africains.

Cette hypocrisie mine durablement la crédibilité du discours français.

Les douze vérités exposées ici ne relèvent ni du fantasme ni de la haine.

Elles s’appuient sur des faits documentés, des archives, des témoignages et l’observation des mécanismes historiques.

L’émergence de l’Alliance des États du Sahel marque sans doute le début de la fin du système de la Françafrique.

Les peuples africains écrivent désormais une nouvelle page de leur histoire.

Une page où la souveraineté cesse d’être un slogan pour devenir une réalité à construire.

Le temps de l’impunité et de l’amnésie est révolu.

L’Alliance des États du Sahel marque probablement le début de la fin du système de la France-Afrique.

Pour la première fois, plusieurs États rompent simultanément et radicalement avec les mécanismes de domination hérités du passé.

Ils reprennent le contrôle de leurs ressources, diversifient leurs partenariats et affirment leur droit à choisir librement leur destin.

Cette rupture est difficile et comporte des risques majeurs.
Mais elle témoigne d’une prise de conscience collective irréversible.

La prospérité africaine ne peut naître que d’une souveraineté pleinement assumée.

Il convient, en ce sens, de saluer l’action du Président du Conseil, Faure Essozimna GNASSINGBE, pour son engagement constant en faveur de la paix, de l’indépendance africaine et du panafricanisme.

L’Afrique doit se lever comme un seul homme.

Les peuples africains doivent s’unir pour bâtir un avenir libéré de toute domination.

Le temps de l’impunité et de l’amnésie est révolu.

Une nouvelle page de l’histoire africaine s’écrit désormais.

ˡⁱⁿᵐᵉʳ🕊️

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