La première session de la Commission intergouvernementale Togo-Russie, organisée à Lomé du 29 septembre au 1er octobre 2026, consacre une nouvelle étape dans la diversification des partenariats internationaux conduite par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé. Au-delà du rapprochement bilatéral, cette rencontre dessine une ambition stratégique : renforcer la place du Togo dans les échanges entre la Russie et l’Afrique de l’Ouest, en faisant de ses infrastructures un point d’appui pour la desserte des marchés sahéliens.
Coprésidés par le ministre togolais de l’Économie, Badanam Patoki, et le ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsivilev, les travaux ont permis d’identifier plusieurs projets d’accords dans des domaines déterminants : investissements, commerce, énergie, agriculture, éducation, transports et technologies. La signature d’un mémorandum de coopération culturelle donne une première traduction concrète à cette dynamique, tandis que les perspectives de formation d’étudiants togolais et d’accompagnement russe dans la réalisation d’infrastructures technologiques élargissent le champ de la coopération.
La portée majeure de cette session réside toutefois dans les perspectives logistiques qu’elle ouvre. À l’issue des échanges, le vice-ministre russe des Transports, Alexeï Chilo, a exprimé sans détour l’intention de Moscou : « Nous sommes prêts à assurer, dans les plus brefs délais, le corridor de transport entre la Russie et l’Afrique de l’Ouest, notamment vers les pays du Sahel ». Cette déclaration place Lomé au cœur d’un projet de liaison commerciale dont le port en eau profonde constituerait la principale porte d’entrée régionale, notamment pour les livraisons destinées au Mali, au Niger et au Burkina Faso.
Cette ambition s’est accompagnée d’un travail de prospection opérationnelle. Durant trois jours, une mission d’affaires réunissant vingt-neuf participants, représentant des entreprises de logistique et de transport, a examiné les conditions de structuration de cette chaîne d’acheminement. La visite de la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) a également permis d’explorer des possibilités de coopération dans l’énergie, les turbines à gaz et le gaz naturel liquéfié. Le transit, en février 2026, de 20 000 tonnes d’engrais russes par Lomé à destination du Niger fournit déjà un précédent concret à cette orientation.
Pour le Togo, l’enjeu est de convertir ses investissements en infrastructures en avantages économiques et diplomatiques durables. Le port, la PIA et les corridors de transport deviennent ainsi les instruments d’une politique qui articule ouverture internationale, attractivité économique et rayonnement régional. La diversification des partenariats prend, dans cette perspective, une dimension tangible : elle permet de mobiliser de nouveaux interlocuteurs autour d’équipements conçus pour inscrire le pays dans les grandes chaînes commerciales.
Les relations économiques entre les deux États disposent, par ailleurs, d’une base significative. Au troisième trimestre 2024, la Russie figurait parmi les principaux fournisseurs du Togo, avec 8,9 % des importations togolaises. Les perspectives issues de cette première commission pourraient approfondir ces échanges et renforcer la fonction de transit de Lomé vers les économies de l’intérieur.
À travers ce rapprochement, la diplomatie de Faure Gnassingbé affirme une ligne directrice : faire de la position géographique du Togo et de ses infrastructures des leviers de développement et d’influence. Si les projets identifiés se concrétisent, Lomé pourrait consolider son rôle de carrefour logistique ouest-africain et devenir un point d’ancrage majeur de la présence économique russe dans la région.
Dimas DZIKODO



