Le Président du Conseil de la République togolaise, Son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé, a ouvert le lundi à Lomé la Convention et Exposition africaines du transport aérien (CEATA 2026), en présence du Président de la République du Rwanda, Paul Kagame, de l’ancien Président nigérian Olusegun Obasanjo, ainsi que de nombreux responsables politiques, institutionnels et experts du secteur aérien africain. Placée sous le signe de l’intégration continentale et de la transformation économique, cette rencontre de haut niveau réunit les principaux acteurs de l’aviation civile africaine autour des enjeux liés à la mise en œuvre effective du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA).
Par Dimas DZIKODO
Dès l’entame de son allocution, le Président Faure Gnassingbé a rendu un hommage appuyé au Président Paul Kagame pour son rôle déterminant dans les réformes engagées au sein de l’Union africaine lors de sa présidence de l’organisation continentale en 2018. Il a notamment salué sa contribution à l’émergence du MUTAA et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), deux initiatives majeures destinées à accélérer l’intégration du continent.

Le transport aérien au cœur du projet d’intégration africaine
Dans un discours structuré autour de quatre grandes convictions, le chef de l’État togolais a souligné que l’avenir de l’Afrique dépend en grande partie de sa capacité à renforcer sa connectivité interne.
« Parler du ciel africain, ce n’est pas seulement parler d’aviation. C’est parler de la manière dont l’Afrique se relie à elle-même », a-t-il déclaré, rappelant que la mobilité constitue aujourd’hui un facteur essentiel du commerce, de la compétitivité et du développement économique.
Selon lui, malgré les avancées enregistrées ces dernières années, des obstacles importants subsistent encore. Il demeure parfois plus facile de relier certaines capitales africaines à des villes situées hors du continent que de connecter efficacement deux capitales africaines entre elles. Une situation qu’il considère comme le reflet d’une fragmentation économique qu’il convient de corriger.
Passer de l’engagement politique à l’action concrète
Première conviction défendue par le Président du Conseil : la nécessité de transformer les ambitions du ciel unique africain en réalisations tangibles. Pour y parvenir, il a plaidé pour une meilleure harmonisation des accords de services aériens, une ouverture effective des routes aériennes, une utilisation optimale des droits de trafic ainsi que le développement de corridors prioritaires capables de renforcer les échanges intra-africains.
Selon lui, l’intégration ne saurait se limiter aux déclarations politiques. Elle doit se traduire par des résultats mesurables, notamment à travers une connectivité accrue, des coûts réduits et une circulation plus fluide des personnes et des marchandises.
Rendre le transport aérien plus accessible aux Africains
Le second axe majeur du discours a porté sur la compétitivité et l’accessibilité du transport aérien. Faure Gnassingbé a estimé qu’un ciel ouvert ne produira ses effets économiques et sociaux que si les populations peuvent effectivement accéder aux services de transport aérien. Il a notamment évoqué le poids des billets d’avion, des taxes, des frais divers et des contraintes administratives qui continuent de limiter la mobilité sur le continent.
Pour le dirigeant togolais, la réduction de ces obstacles constitue un impératif stratégique. Les questions liées aux visas, à la digitalisation des procédures, à la gestion du fret ou encore à l’application harmonisée des standards internationaux doivent être considérées comme de véritables instruments d’intégration africaine.
Faire du transport aérien un moteur de la transformation économique
La troisième conviction développée par le Président du Conseil concerne le rôle économique du secteur aérien. Au-delà du transport de passagers, l’aviation doit, selon lui, devenir un outil au service de la transformation productive du continent. Agriculture, industrie, commerce numérique, santé, exportations à forte valeur ajoutée et chaînes de valeur régionales peuvent bénéficier directement d’un réseau aérien performant et intégré.
Dans cette perspective, il a insisté sur l’importance du fret aérien, appelé à jouer un rôle croissant dans la réussite de la ZLECAf. Pour Faure Gnassingbé, la libéralisation commerciale africaine ne pourra atteindre son plein potentiel sans infrastructures logistiques modernes, corridors efficaces et réseaux de transport interconnectés. « L’enjeu est de transformer la connectivité en compétitivité », a-t-il résumé.
Construire une souveraineté aéronautique africaine
Enfin, le Président du Conseil a plaidé pour l’émergence d’une industrie aéronautique africaine plus robuste, innovante et durable.
Cette ambition implique, selon lui, des investissements dans les infrastructures aéroportuaires, les services de maintenance, les systèmes numériques, l’assistance au sol ainsi que dans la formation des ressources humaines.
Il a particulièrement insisté sur la nécessité de développer les compétences africaines afin de faire du secteur aérien un véritable pourvoyeur d’emplois qualifiés et de savoir-faire technologiques.
La durabilité environnementale et la résilience des infrastructures doivent également être intégrées dès aujourd’hui dans la planification des projets aéronautiques du continent.
Lomé, capitale africaine du transport aérien
En accueillant la CEATA 2026, le Togo confirme sa volonté de consolider son positionnement comme plateforme logistique et commerciale régionale. Pour les autorités togolaises, cette ambition nationale s’inscrit pleinement dans une vision continentale fondée sur une intégration économique plus poussée.
À travers cette convention, Lomé entend contribuer à l’accélération de la mise en œuvre du Marché unique du transport aérien africain et à l’émergence d’un espace aérien davantage connecté, compétitif et accessible.
Clôturant son intervention, le Président Faure Gnassingbé a lancé un appel à l’action collective en faveur d’une Afrique mieux connectée à elle-même. « Un ciel africain unique n’est pas seulement un projet d’aviation. C’est un projet d’intégration, de développement et de souveraineté », a-t-il affirmé avant de déclarer officiellement ouverts les travaux de la Convention et Exposition africaines du transport aérien 2026.
Pendant plusieurs jours, experts, décideurs publics, compagnies aériennes, gestionnaires d’aéroports et partenaires du développement réfléchiront à Lomé aux solutions permettant de faire du transport aérien un puissant moteur de croissance, d’intégration et de prospérité pour l’Afrique.
Par Dimas DZIKODO