C’est une immersion au cœur de la Chine de l’innovation, de la haute technologie et de l’ouverture économique qu’ont vécue hier vendredi, les participants togolais au Séminaire sur le leadership des jeunes et la vision globale au Togo, actuellement organisé à Shanghai par le ministère chinois du Commerce (MOFCOM). À travers une série de visites techniques au sein du corridor d’innovation scientifique et technologique G60 du delta du Yangtze, les cadres togolais ont découvert l’un des moteurs les plus performants de la stratégie chinoise de modernisation industrielle et de coopération internationale.
Par Dimas DZIKODO
Dès leur arrivée dans le corridor G60, les participants ont été accueillis dans les locaux de DJI, le leader mondial de la fabrication de drones civils et de robots intelligents. Cette première étape, marquée par un accueil chaleureux suivi des mots de bienvenue et de la présentation cartographique du corridor, a immédiatement plongé la délégation dans l’univers des technologies de pointe qui façonnent désormais la nouvelle économie chinoise.

Les démonstrations de drones de dernière génération, capables d’effectuer des missions complexes avec une remarquable précision, ont été suivies de présentations de robots humanoïdes et de robots quadrupèdes, véritables concentrés d’intelligence artificielle, de mécatronique et d’ingénierie de précision. Pour les visiteurs togolais, cette immersion a permis de mesurer le niveau d’avance technologique atteint par la Chine dans des secteurs devenus stratégiques pour la compétitivité mondiale.
Mais cette visite dépassait largement le simple émerveillement technologique. Elle s’inscrivait dans une réflexion plus large sur la manière dont l’innovation scientifique, la recherche appliquée et les politiques publiques peuvent être articulées pour soutenir le développement économique et industriel d’un pays.
Le corridor G60 constitue à cet égard un modèle particulièrement révélateur. Né autour du district de Songjiang, à Shanghai, il réunit aujourd’hui neuf grandes villes du delta du Yangtze dans un vaste écosystème associant universités, laboratoires de recherche, entreprises innovantes, institutions financières et autorités publiques. Son objectif est de créer un environnement où les découvertes scientifiques sont rapidement transformées en innovations industrielles, puis en produits compétitifs sur les marchés internationaux.
Au cours de leur parcours, les cadres togolais avec à leur tête le Commissaire-Colonel Goumedzoe K. Agbenyegan, ont notamment visité la Base de services pour l’exportation des dispositifs médicaux, une plateforme spécialisée qui accompagne les entreprises chinoises dans leur conquête des marchés étrangers.
Cette infrastructure constitue l’une des réalisations les plus emblématiques de la stratégie d’internationalisation développée par le corridor G60. Pensée comme un véritable guichet unique, elle offre aux fabricants de dispositifs médicaux l’ensemble des services indispensables à leur développement international : études de marché, accompagnement réglementaire, homologation des produits, essais techniques, logistique internationale, assistance juridique, financement, assurance des exportations, maintenance et mise en relation avec les distributeurs étrangers.
En mutualisant ces compétences, la plateforme permet aux entreprises, notamment aux petites et moyennes industries innovantes, de franchir plus facilement les nombreuses barrières administratives, techniques et commerciales qui conditionnent l’accès aux marchés internationaux, selon les explications fournies sur place par les responsables des lieux au premier rang desquels se trouvent, entre autres, M. Ryan Yang, le Directeur du Secteur Exportation des dispositifs médicaux et M. Peter Wang Responsable des ventes régionales, qui ont expliqué que cette organisation repose sur un vaste réseau d’institutions publiques, de cabinets spécialisés, de partenaires financiers et d’opérateurs logistiques travaillant en étroite coordination. Cette approche intégrée a déjà permis à plusieurs centaines d’entreprises de bénéficier d’un accompagnement personnalisé et d’étendre leur présence commerciale dans de nombreux pays.
La délégation togolaise a ensuite découvert, à travers une présentation pointu, un autre pilier de l’écosystème industriel du corridor : le parc automobile Hand in Hand, présenté par Shangguan Tengfei, secrétaire général adjoint du Comité spécial des véhicules à énergie nouvelle et des pièces détachées de l’Alliance de services pour l’internationalisation des entreprises du corridor G60.
À travers cette présentation détaillée, le responsable chinois a exposé la stratégie développée pour accompagner l’expansion mondiale de l’industrie automobile chinoise, notamment dans le secteur des véhicules à énergie nouvelle.
Bien plus qu’un simple espace d’exposition, le parc Hand in Hand apparaît comme une plateforme intégrée de services destinée à accompagner les constructeurs automobiles et les fabricants de composants dans toutes les étapes de leur internationalisation. Les entreprises y trouvent des solutions complètes couvrant la promotion commerciale, les procédures de certification, la recherche de partenaires, le financement, la logistique internationale ainsi que le service après-vente.
Selon Shangguan Tengfei, la compétition internationale ne se joue plus uniquement sur la qualité des produits. Elle repose désormais sur la capacité à proposer un écosystème complet de services permettant aux entreprises de s’implanter durablement sur les marchés étrangers.
«Cette philosophie illustre parfaitement l’évolution du modèle économique chinois. Là où l’industrie se limitait autrefois à exporter des biens manufacturés, elle ambitionne désormais d’exporter des technologies, des normes, des plateformes de services, des chaînes logistiques, des solutions financières et un savoir-faire industriel intégré.»
a fait remarquer Mme Tchassim Koutchoukalo, Responsable du Centre de Recherche Chine-Afrique de l’Université de Lomé.
Les responsables du corridor G60 ont souligné que cette stratégie est aujourd’hui portée par plusieurs milliers d’entreprises spécialisées dans les véhicules électriques, les batteries, les composants électroniques, les logiciels embarqués, la conduite intelligente et les technologies numériques.
Au fil de leur parcours, les jeunes togolais ont également bénéficié d’une présentation approfondie des multiples domaines d’intervention couverts par le corridor G60. Les responsables chinois ont mis en lumière plusieurs plateformes de services développées au sein de cet écosystème d’innovation, notamment celles consacrées aux technologies de protection et d’assistance destinées aux enfants, aux personnes âgées ainsi qu’aux populations en situation de vulnérabilité. La délégation a également été sensibilisée aux avancées réalisées dans le domaine des matériaux innovants dédiés aux énergies alternatives et aux technologies photovoltaïques, secteurs considérés comme essentiels à la transition énergétique.
Les échanges ont enfin porté sur les dispositifs d’accompagnement proposés aux utilisateurs, avec un accent particulier sur la formation des clients à l’exploitation, à la maintenance et à l’utilisation optimale des équipements de haute technologie, illustrant ainsi la volonté du corridor G60 d’offrir non seulement des produits innovants, mais également un écosystème complet de services à forte valeur ajoutée.
Tout au long de cette visite, les cadres togolais ont pu mesurer la cohérence du modèle chinois, fondé sur une articulation permanente entre innovation scientifique, investissement public, partenariat avec le secteur privé, formation des talents et ouverture internationale.
À l’issue de la visite, Mme Tiadema Mazalo épouse Patassé, directrice de la Prévention des situations de vulnérabilité au ministère chargé des Solidarités, a salué la portée sociale des innovations développées au sein du corridor G60. Elle s’est particulièrement dite impressionnée par les solutions technologiques destinées à améliorer la protection et la prise en charge des personnes en situation de vulnérabilité, notamment les enfants et les personnes âgées.
« Nous avons été particulièrement sensibles aux innovations consacrées à la protection des personnes en situation de vulnérabilité, notamment les enfants et les personnes âgées. Nous pensons qu’il est essentiel de conjuguer nos efforts afin d’explorer les possibilités de coopération et de voir comment ces technologies pourraient être adaptées et mises au service de nos populations », a déclaré la responsable togolaise.
Et sa collègue Koubonou Kparo épouse Amana (Directrice de l’assistance à l’enfant en difficulté au Ministère chargé des
solidarités) de renchérir que « cette visite ouvre des perspectives prometteuses en matière de coopération entre le Togo et la Chine dans les domaines de l’innovation sociale, de la protection des personnes vulnérables et du développement de solutions technologiques au service du bien-être des populations.»
« Au-delà des infrastructures visitées, c’est une véritable philosophie du développement qui nous a été présentée : faire de la science, de la technologie et de l’innovation les principaux moteurs de la transformation économique, tout en créant des mécanismes institutionnels capables d’accompagner les entreprises vers les marchés mondiaux.» a, pour sa part, souligné le Professeur Akué Adotevi Kpakpo, le Directeur de la Coopération de l’Université de Lomé.
Pour l’Honorable Alassani Nakpale, ancien député et actuel Adjoint au Maire de la Commune Agoènyivé 1, «cette immersion constitue une source d’inspiration précieuse dans la réflexion sur les politiques publiques, la promotion de l’entrepreneuriat innovant, le développement des chaînes de valeur industrielles et le renforcement de la coopération économique entre la Chine et le Togo.» L’élu local n’a pas hésité à rendre hommage aux Président Xi Jinping et Faure Gnassingbé pour leur vision de développement et leur politique de rapprochement de nos deux peuples.
En ouvrant les portes de l’un de ses écosystèmes industriels les plus performants, le corridor d’innovation scientifique et technologique G60 offre ainsi aux jeunes leaders togolais une lecture concrète du modèle chinois de développement : «un modèle où l’innovation n’est pas une fin en soi, mais le socle d’une croissance durable, d’une compétitivité internationale renforcée et d’une coopération économique ouverte sur le monde.» a déclaré le Professeur Ndjambara Mahamondou, Chef de Département d’Anthropologie de l’Université de Lomé, membre de la délégation.
Dimas DZIKODO depuis Shanghaï, Chine