Libéré après plus d’un mois passé au Togo, le réalisateur français Gaël Mocaër livre un témoignage qui apporte un éclairage nouveau sur une affaire qui avait suscité une importante mobilisation médiatique et diplomatique. Loin de décrire un univers de sévices ou de traitements dégradants, le documentariste évoque des conditions de détention qu’il juge lui-même « tout à fait acceptables », un personnel attentif et une organisation quotidienne permettant de préserver un minimum de confort et de dignité. Il salue parallèlement l’action déterminante de la diplomatie française et de son avocat dans le dénouement de cette affaire.

Par Dimas DZIKODO

Il y a parfois, dans les affaires fortement médiatisées, un temps pour l’émotion et un autre pour le témoignage de ceux qui les ont directement vécues. Quelques jours après avoir retrouvé la liberté, Gaël Mocaër, réalisateur français détenu pendant 36 jours au Togo avec son collègue Sebastian Perez Pezzani et leur collaborateur togolais Fred Vedomey, vient apporter sa propre lecture des conditions dans lesquelles cette période s’est déroulée.

Arrêtés le 27 juillet 2026 alors qu’ils se trouvaient au Togo pour le tournage d’un épisode de l’émission Les Routes de l’impossible, Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani avaient ensuite été poursuivis pour « fausses déclarations », accusations qu’ils contestaient. Leur placement en liberté provisoire leur a été signifié le 1er septembre, avec autorisation pour les deux ressortissants français de quitter le territoire togolais. Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères avait alors fait part de son « grand soulagement » et confirmé s’être pleinement mobilisé pour parvenir à ce dénouement.

Un témoignage qui nuance certaines perceptions

Mais c’est surtout le récit livré par Gaël Mocaër après sa libération qui retient aujourd’hui l’attention. Interrogé sur France 24, le réalisateur affirme en effet que ses conditions de détention étaient « tout à fait acceptables ». Une appréciation d’autant plus significative qu’elle émane directement de celui qui a vécu ces 36 jours de privation de liberté. Son témoignage ne transforme évidemment pas une détention en expérience ordinaire : l’incertitude liée à une procédure judiciaire, l’éloignement familial et la privation de liberté constituent nécessairement une épreuve. Mais le réalisateur français prend soin de distinguer cette réalité de la manière dont les détenus ont été matériellement traités.

Selon son récit, il n’a pas été incarcéré à la prison civile de Lomé, mais maintenu avec ses compagnons dans une structure relevant des forces de sécurité. Des informations publiées pendant leur détention avaient effectivement situé les trois hommes au camp d’Agoè-Logopé. Pour Gaël Mocaër, cette orientation aurait constitué, dans le contexte de leur dossier, une mesure relativement favorable par rapport à un placement dans le système pénitentiaire ordinaire.

Des gardiens décrits comme attentifs

Plus frappante encore est sa description des relations avec ceux qui étaient chargés de leur surveillance. Le réalisateur évoque le commandant du camp et les gardiens en des termes qui contrastent nettement avec l’image que pourrait spontanément suggérer une détention liée à une affaire sensible que d’aucuns sont partis jusqu’à présenter comme des enlèvements. D’après son témoignage, les responsables du lieu se seraient montrés attentifs au bien-être des trois hommes et à leurs besoins élémentaires. Les détenus disposaient notamment d’une marge d’organisation de leur vie quotidienne. Ils pouvaient commander certains repas, obtenir des produits d’hygiène et se procurer les objets nécessaires à leur toilette.

Savon, serviettes, seau et autres nécessités ordinaires pouvaient ainsi leur être fournis ou rendus accessibles. Derrière ces détails apparemment anodins se trouve une question essentielle dans tout contexte de privation de liberté : celle du maintien de la dignité de la personne détenue.

Gaël Mocaër ne fait donc pas le récit d’un univers de violences physiques ou de mauvais traitements. Il décrit au contraire une détention difficile par nature mais matériellement supportable, dans laquelle les personnes chargées de leur surveillance auraient veillé à ce que leurs besoins essentiels soient satisfaits.

Quand le témoignage direct rééquilibre le récit

Ce témoignage intervient après plusieurs semaines durant lesquelles l’affaire avait suscité de nombreuses réactions à l’étranger. L’arrestation des deux réalisateurs français et de leur collaborateur togolais avait notamment provoqué l’intervention de Reporters sans frontières, tandis que plusieurs médias internationaux suivaient l’évolution de la procédure.

La parole de Gaël Mocaër permet désormais d’introduire une dimension supplémentaire dans l’analyse du dossier. Elle rappelle qu’une distinction doit être opérée entre le débat sur le bien-fondé d’une interpellation ou d’une procédure judiciaire et celui portant sur les conditions concrètes de traitement des personnes privées de liberté. Sur ce second point, le principal intéressé livre une appréciation qui mérite d’être entendue avec la même attention que les critiques formulées au moment de son arrestation.

Même si certains déclarent qu’il serait excessif de tirer d’un cas particulier une conclusion générale sur l’ensemble du système pénitentiaire togolais, les plus objectifs pensent qu’il serait tout aussi discutable d’ignorer la portée d’un témoignage direct lorsque celui-ci décrit avec précision le comportement des personnes chargées de la surveillance et les conditions matérielles rencontrées.

Justice et diplomatie : le temps du dénouement

L’issue du dossier permet également de mettre en lumière le fonctionnement des canaux judiciaires et diplomatiques. Les trois hommes ont bénéficié d’une décision de mise en liberté provisoire. Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani ont en outre été autorisés à quitter le territoire. Le réalisateur insiste lui-même sur l’importance du travail diplomatique accompli durant les semaines de détention. Il souligne en particulier l’engagement de l’ambassadeur de France au Togo et la mobilisation des autorités françaises pour obtenir une évolution favorable du dossier. Le Quai d’Orsay a d’ailleurs publiquement confirmé cette implication en déclarant que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères s’était « pleinement mobilisé » en faveur du dénouement intervenu début septembre.

L’action de la défense constitue l’autre dimension importante de cette issue. L’avocat des détenus, Me Martial Akakpo a accompagné la procédure jusqu’à l’obtention de la remise en liberté provisoire. Lorsque celle-ci est devenue effective, il avait lui-même confirmé à la presse la libération de Gaël Mocaër, Sebastian Perez Pezzani et Fred Vedomey.

Un épisode délicat refermé par le dialogue

Cette affaire aura sans doute été un moment sensible dans les relations entre Lomé et Paris. Elle s’est déroulée dans un contexte sécuritaire particulièrement délicat dans le nord du Togo, où les trois hommes avaient été interpellés. La zone se trouve non loin de la région des Savanes, confrontée depuis plusieurs années aux conséquences de l’instabilité sécuritaire qui frappe le Sahel.

Mais son dénouement montre également qu’au-delà des tensions initiales, les mécanismes judiciaires et diplomatiques ont permis une sortie de crise sans rupture majeure. Plus encore, les déclarations de Gaël Mocaër après son retour introduisent une nuance importante dans la perception internationale de l’épisode. Celui qui vient de passer 36 jours privé de liberté ne cherche pas à nier l’épreuve traversée. Mais lorsqu’il est interrogé sur la manière dont il a été traité, il choisit de reconnaître ce qu’il considère avoir été correctement fait.

Cette parole mérite d’autant plus d’être relevée qu’elle n’est pas celle d’une autorité togolaise cherchant à défendre son action, mais celle du principal intéressé lui-même. En saluant le comportement du personnel chargé de sa surveillance, les conditions matérielles dont il a bénéficié, l’engagement de son avocat et la mobilisation de la diplomatie française, Gaël Mocaër contribue finalement à donner de cette affaire une image plus complexe que celle d’un simple affrontement entre un État et des professionnels étrangers de l’audiovisuel.

Dans un monde où les crises diplomatiques peuvent rapidement se transformer en batailles d’opinion, cet épisode rappelle une évidence : la fermeté d’un État dans l’application de ses procédures n’exclut ni le respect de la dignité humaine, ni le dialogue diplomatique, ni, lorsque les circonstances le permettent, une issue d’apaisement.

Et peut-être est-ce là la principale leçon des 36 jours togolais de Gaël Mocaër : au-delà des controverses et des accusations qui ont accompagné l’affaire, le dernier mot revient désormais aussi au témoignage de celui qui l’a vécue. Et pour tout ceux qui avaient avancé tout un tas d’affabulations, ils n’ont dès lors que la bouche cousue !

Dimas DZIKODO

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