Nucléaire : À Londres, Le Président Faure Gnassingbé Place L’Afrique Au cœur De La Nouvelle Équation Énergétique Mondiale

Invité d’honneur de la 51ᵉ édition du Symposium mondial du nucléaire à Londres, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a défendu une vision africaine pragmatique de l’énergie nucléaire, articulée autour de la préparation institutionnelle, de la maîtrise technologique, du financement, de la formation et de partenariats durables. Dans un contexte marqué par le retour du nucléaire au premier plan des stratégies énergétiques mondiales, le dirigeant togolais entend inscrire le Togo et, au-delà, l’Afrique dans cette nouvelle dynamique.

Par Dimas DZIKODO

Du regain mondial du nucléaire à l’ambition africaine

Placée sous le thème « De l’ambition à l’action », la 51ᵉ édition du Symposium mondial du nucléaire intervient à un moment où plusieurs États reconsidèrent la place de l’atome dans leurs stratégies de sécurité énergétique, de décarbonation et de développement industriel. Pour Faure Essozimna Gnassingbé, cette nouvelle séquence mondiale représente également une opportunité pour l’Afrique, à condition que le continent ne demeure pas à la périphérie des décisions technologiques, financières et industrielles qui se dessinent. Le Président du Conseil a ainsi insisté sur la nécessité de dépasser les déclarations d’intention. « L’ambition, à elle seule, ne suffit pas. Le monde doit construire, financer, réglementer et concrétiser », a-t-il souligné. Une manière de rappeler que le développement du nucléaire suppose des choix structurés, des institutions crédibles, des compétences techniques, un cadre réglementaire robuste et des mécanismes de financement à la hauteur des investissements requis.

L’Afrique face à l’impératif énergétique

Pour le dirigeant togolais, la réflexion sur le nucléaire prend une importance particulière en Afrique, où les besoins énergétiques devraient continuer de progresser sous l’effet de l’industrialisation, de l’urbanisation, du développement du numérique, de l’amélioration des systèmes de santé et de la modernisation des infrastructures. « Pour l’Afrique, cette transition est particulièrement importante. Le continent a d’immenses besoins de développement et d’industrialisation, d’amélioration des systèmes de santé, ainsi que de développement du numérique et, plus largement, de ses infrastructures », a-t-il indiqué. Ces ambitions nécessitent une énergie abondante, fiable et disponible sur le long terme. Dans cette perspective, les technologies nucléaires de nouvelle génération, notamment les petits réacteurs modulaires et les microréacteurs, pourraient constituer, selon lui, une partie des réponses adaptées aux réalités et aux besoins spécifiques du continent.

Mais l’Afrique, a-t-il averti, ne saurait être réduite au statut de simple réceptrice de technologies. « L’Afrique ne demande pas simplement une technologie. Elle demande un véritable partenariat. L’Afrique offre un marché et une vision de son propre avenir énergétique », a déclaré le Président du Conseil, appelant à une coopération fondée sur la réciprocité, le transfert de compétences, la formation et la construction de capacités locales.

Le Togo construit progressivement son cadre nucléaire

À Londres, Faure Essozimna Gnassingbé a également présenté la trajectoire engagée par le Togo dans le domaine des usages pacifiques de la science et des technologies nucléaires. Membre de l’Agence internationale de l’énergie atomique depuis 2012, le pays a progressivement entrepris de renforcer son environnement juridique, institutionnel et réglementaire. « Le Togo est membre de l’AIEA depuis 2012 et nous avons progressivement renforcé notre cadre national pour l’utilisation sûre et pacifique des technologies nucléaires. En janvier 2025, nous avons créé notre Commissariat à l’énergie atomique. Plus récemment, nous avons signé un nouveau cadre de coopération avec l’AIEA. Dans le même temps, nous évaluons les technologies susceptibles de répondre à nos besoins futurs, ainsi que les partenariats et mécanismes de financement nécessaires », a-t-il expliqué. Cette démarche traduit une volonté de préparer méthodiquement les conditions préalables à toute éventuelle utilisation future du nucléaire dans la politique énergétique nationale. Pour le Président du Conseil, un programme nucléaire responsable ne commence pas avec la construction d’une centrale, mais bien en amont, à travers la formation, la réglementation, la sûreté, la gouvernance, les ressources humaines et la capacité à anticiper les besoins.

NEISA 2026, le passage des intentions aux mécanismes concrets

Le Président Faure Gnassingbé a rappelé, dans ce contexte, les engagements défendus lors de la deuxième édition du Nuclear Energy Innovation Summit for Africa (NEISA) tenue à Kigali, au Rwanda. « Le Togo, mon pays, a choisi d’engager sa préparation à l’utilisation de la science et de la technologie nucléaires dans le cadre de son développement et de sa sécurité énergétique. Nous comprenons qu’un développement nucléaire responsable commence bien avant la construction du premier réacteur », a-t-il déclaré. NEISA s’affirme ainsi progressivement comme un espace africain de réflexion opérationnelle sur les conditions de développement du nucléaire : préparation institutionnelle, mécanismes de financement, formation de spécialistes, développement des capacités industrielles, sûreté, réglementation et partenariats internationaux.

L’objectif est désormais de transformer les ambitions affichées par plusieurs pays africains en projets techniquement crédibles, financièrement soutenables et institutionnellement maîtrisés.

Le financement, principal verrou à lever

La question financière a occupé une place centrale dans l’intervention du Président du Conseil. Les projets nucléaires sont caractérisés par des besoins d’investissement considérables, des délais de développement importants et des horizons de rentabilisation particulièrement longs. Ils supposent, par conséquent, des modèles de financement capables d’absorber des risques sur plusieurs décennies. « Le financement reste l’un des défis les plus importants du déploiement nucléaire en Afrique. Les projets nucléaires exigent des investissements considérables sur le long terme et des structures de financement capables de gérer les risques sur plusieurs décennies », a souligné Faure Gnassingbé. Pour lui, l’évolution actuelle du débat financier international peut ouvrir de nouvelles perspectives, mais celles-ci ne porteront leurs fruits que si elles débouchent sur des instruments concrets permettant aux pays africains d’accéder aux capitaux, à l’expertise et aux garanties nécessaires.

L’un des grands enjeux du nouveau cycle nucléaire africain résidera donc dans la capacité à rapprocher États, institutions financières, industriels, agences spécialisées et partenaires internationaux autour de mécanismes adaptés aux réalités économiques du continent.

Lomé accueillera NEISA 2027

C’est dans cette dynamique que le Président du Conseil a annoncé que Lomé accueillera, du 1er au 3 juin 2027, la troisième édition du Nuclear Energy Innovation Summit for Africa. Après Kigali, la capitale togolaise deviendra ainsi l’un des principaux points de convergence du dialogue africain sur l’avenir du nucléaire et sur les technologies énergétiques de nouvelle génération. « Nous considérons ce passage de Kigali à Lomé comme bien plus qu’un simple changement de ville ou de lieu : il représente la continuité, le partenariat et l’élargissement de la dynamique nucléaire africaine. Nous avons l’occasion de faire en sorte que le prochain chapitre de la renaissance nucléaire mondiale soit aussi celui de l’industrialisation, de l’innovation et du développement de l’Afrique », a affirmé Faure Essozimna Gnassingbé. L’accueil de NEISA 2027 constitue, pour le Togo, une occasion de renforcer son positionnement dans les débats internationaux sur l’énergie, tout en offrant une plateforme de dialogue entre gouvernements africains, industriels, chercheurs, institutions financières et partenaires techniques.

Le Togo rejoint l’engagement international pour tripler les capacités nucléaires

Autre annonce majeure de l’intervention de Londres : l’adhésion du Togo à la déclaration internationale appelant à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici à 2050, initiative lancée à l’occasion de la COP28. Par cette adhésion, le pays entend s’inscrire dans les efforts internationaux visant à renforcer la contribution du nucléaire à la sécurité énergétique et à la lutte contre le changement climatique, tout en réaffirmant son attachement à la sûreté, à la sécurité et aux usages exclusivement pacifiques des technologies nucléaires. Cette décision marque également la volonté du Togo de participer davantage aux discussions internationales consacrées à la diversification des sources d’énergie et à l’évolution des technologies bas-carbone.

L’Afrique ne veut pas manquer le nouveau cycle nucléaire

À travers son intervention au Symposium mondial du nucléaire, Faure Essozimna Gnassingbé a défendu une ligne claire : le nucléaire ne doit pas être considéré comme une fin en soi, mais comme un éventuel outil au service du développement, de l’industrialisation et de la souveraineté énergétique. La question, pour l’Afrique, n’est donc pas seulement de savoir si le continent participera au renouveau mondial du nucléaire, mais dans quelles conditions il le fera, avec quelles compétences, quels partenaires, quels financements et quelle capacité à défendre ses propres intérêts. Dans cette perspective, la tenue de NEISA 2027 à Lomé devrait constituer une nouvelle étape dans la maturation du débat africain, avec l’ambition de rapprocher davantage la réflexion de l’action, les projets des investisseurs et les besoins du continent des solutions technologiques disponibles.

Les travaux du Symposium de Londres ont également été marqués par des expositions consacrées aux technologies, produits, services et innovations développés par les différents acteurs de l’industrie nucléaire. Des rencontres B2B ont complété les échanges, offrant aux participants l’occasion de nouer des contacts, d’explorer de nouvelles opportunités de coopération et de construire des partenariats.

À Londres, le message porté par le Président du Conseil se veut ainsi autant togolais qu’africain : dans la nouvelle recomposition énergétique mondiale, l’Afrique entend non seulement être présente autour de la table, mais également participer à la définition des choix, des partenariats et des investissements qui façonneront son avenir énergétique.

Dimas DZIKODO

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