À Kigali, au Rwanda, la deuxième édition du Sommet sur l’Innovation en matière d’énergie nucléaire en Afrique (NEISA 2026), qui s’est tenue du 18 au 21 mai 2026 au Kigali Convention Centre, a réuni des chefs d’État, décideurs, experts et partenaires internationaux autour du thème « Powering Africa’s Future : Turning Nuclear Energy Ambition into Investable Reality »(Alimenter l’avenir de l’Afrique : transformer l’ambition en énergie nucléaire en une réalité d’investissement). Parmi les participants de marque, figuraient les présidents Paul Kagame, l’hôte du sommet, Samia Suluhu Hassan Présidente de la République unie de Tanzanie, et Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil togolais. Ce dernier a défendu avec force, une vision prospective, appelant l’Afrique à « avoir le courage de préparer les solutions de demain » pour relever les défis énergétiques colossaux qui accompagnent son industrialisation, sa révolution numérique et sa quête de souveraineté économique.

Par Dimas DZIKODO

Pour le Togo, comme pour de nombreux pays du continent, la question énergétique ne se limite plus au simple accès à l’électricité. Elle constitue un enjeu stratégique de compétitivité économique, de souveraineté industrielle et de transformation structurelle. Les autorités togolaises ont plaidé pour des partenariats innovants, une coopération africaine renforcée en matière de technologie, de financement et de partage de compétences, positionnant le Togo comme futur hôte de la prochaine édition de NEISA.

Une demande énergétique en explosion

L’Afrique fait face à une croissance démographique et économique sans précédent. Près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, tandis que la demande énergétique devrait exploser dans les prochaines décennies. Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la demande en électricité pourrait être multipliée par près de sept d’ici à 2050 dans certains scenarii. L’urbanisation rapide, l’industrialisation et le développement du numérique exigent une énergie abondante, fiable, abordable et bas carbone.

Il est constant que les sources intermittentes comme le solaire et l’éolien, bien qu’essentielles, ne peuvent à elles seules fournir la puissance de base continue nécessaire aux usines, data centers, hôpitaux et systèmes d’irrigation. Les barrages hydroélectriques, vulnérables aux variations climatiques, et les centrales thermiques fossiles, coûteuses en importations et polluantes, ne suffisent plus. Face à cette réalité, l’énergie nucléaire émerge comme la solution la plus adaptée : dense, fiable (facteur de capacité supérieur à 90 %), décarbonée et capable de produire à grande échelle sur des décennies.

L’Afrique possède les atouts pour maîtriser le nucléaire

Contrairement aux idées reçues, les pays africains, seuls ou en coopération, disposent des ressources, du potentiel humain et des leviers pour développer cette filière. Le continent détient d’importantes réserves d’uranium (Niger, Namibie, entre autres), ce qui réduit la dépendance aux importations. L’expérience sud-africaine avec la centrale de Koeberg (près de 2 GW, opérée depuis des décennies) démontre une capacité opérationnelle réelle sur notre continent.
D’ailleurs, de nombreux pays avancent à grands pas :

  • L’Égypte construit quatre réacteurs à El Dabaa (environ 4,8 GW au total).
  • Le Ghana, le Kenya, le Nigeria et l’Ouganda préparent des projets, avec un intérêt marqué pour les petits réacteurs modulaires (SMR) plus flexibles et adaptés aux contextes africains, selon l’avis de plusieurs spécialistes de la question.
  • Le Rwanda, l’Éthiopie, le Burkina Faso, le Maroc et d’autres ont signé des accords de coopération.
    Les SMR, comme ceux développés par NuScale ou NANO Nuclear (avec lesquels le Togo et le Rwanda ont signé des protocoles), offrent des avantages décisifs : coûts initiaux plus bas, déploiement plus rapide, flexibilité pour alimenter des sites industriels isolés ou des mini-réseaux, et meilleure intégration dans des systèmes électriques en développement.

La coopération africaine : clé de la souveraineté

La position togolaise, portée par le Président Faure Gnassingbé, insiste sur la coopération intra-africaine. Les pays peuvent mutualiser les coûts de réglementation, de formation et d’infrastructures via des pools énergétiques régionaux (WAPP à l’Ouest, EAPP à l’Est). Un projet régional partagé, comme envisagé dans certains cadres ouest-africains, permettrait de mutualiser expertise, financement et risques. L’Union africaine, l’AIEA et des forums comme NEISA facilitent déjà le transfert de compétences et la création d’une chaîne de valeur locale (emplois qualifiés, industrie de maintenance, recherche).

D’autre part, le financement, souvent cité comme obstacle, devient surmontable grâce à des modèles innovants : partenariats public-privé, Build-Own-Operate (BOO) qui veut dire «Construire-Posséder-Exploiter » (un modèle de Partenariat Public-Privé (PPP) dans lequel une entité privée finance, construit, possède et exploite de façon permanente une infrastructure ou un service public). Il y a aussi des financements multilatéraux (Banque mondiale réengageant sur le nucléaire), et des « export credits » des partenaires comme la Russie via Rosatom, Chine, États-Unis, France et autres. Les retombées économiques – création de milliers d’emplois hautement qualifiés, stimulation de l’industrie locale, attractivité pour les investissements étrangers – génèrent un cercle vertueux de croissance.

Pourquoi le nucléaire est la seule réponse à la hauteur des ambitions africaines?

C’est simplement parce qu’aucune autre source ne combine :

  • Fiabilité : production continue 24h/24 et 7j/7, indépendante des conditions météo.
  • Densité énergétique : une centrale nucléaire occupe peu de terres comparée aux parcs solaires ou éoliens de même capacité.
  • Bas carbone et durabilité : alignée sur les engagements climatiques tout en soutenant l’industrialisation.
  • Effet multiplicateur : énergie pour la désalinisation, la production d’hydrogène vert, la transformation des minerais critiques, la santé (radio-isotopes) et l’agriculture.
    Les projections de l’AIEA montrent que le nucléaire pourrait contribuer significativement au mix énergétique africain d’ici à 2050, passant d’une part marginale aujourd’hui à plusieurs pourcents, évitant des émissions massives et réduisant les coûts à long terme.

Vers un leadership togolais et continental

En plaidant pour l’anticipation et l’innovation, le Président Faure Gnassingbé positionne le Togo et l’Afrique non comme consommateurs passifs de technologies étrangères, mais comme acteurs souverains. L’organisation de la prochaine NEISA au Togo symbolise cette dynamique : transformer l’ambition en réalité investissable, bâtir des compétences endogènes et forger une souveraineté énergétique réelle.

L’Afrique n’a pas besoin d’attendre. Avec courage, vision stratégique et coopération intrarégionale, elle peut développer une filière nucléaire adaptée à ses besoins, alimenter son essor industriel et numérique, et affirmer sa place dans le monde du XXIe siècle. Comme l’a souligné le Président Faure Gnassingbé lui-même: «il est temps d’avoir le courage de préparer les solutions de demain». L’énergie nucléaire n’est pas une option luxueuse : c’est la clé de la renaissance africaine.

Le continent qui a longtemps exporté ses ressources énergétiques (uranium inclus) pour alimenter le progrès ailleurs, est aujourd’hui prêt à les mettre au service de son propre destin. NEISA 2026 marque un tournant capital : celui où l’Afrique passe de la dépendance à l’autonomie énergétique par la volonté annoncée de ses dirigeants.

Dimas DZIKODO

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