Monsieur Alassani Nakpale, Directeur des libertés publiques et des affaires politiques au ministère chargé de l’Administration territoriale, ancien député à l’assemblèe nationale et actuel adjoint au maire de la commune Agoè-Nyivé 1, a fait partie de la délégation togolaise ayant eu le priviliege et l’honneur de participer au séminaire sur le leadership des jeunes et la vision globale du Togo organisé à Shanghai du 26 juillet au 11Août 2026. De Shanghai à Harbin, cette immersion a permis aux participants de confronter les enseignements théoriques aux réalités du développement chinois qui se traduit par : gouvernance, innovation technologique, planification urbaine, revitalisation rurale, patrimoine et transformation économique. Dans cet entretien accordé à Forum de la Semaine, l’ex élu national aujourd’hui élu local livre ses impressions, les enseignements qu’il en tire et les leçons qu’il entend rapporter au Togo, notamment dans le managment de sa direction mais aussi dans l’exercice de ses responsabilités municipales.

Forum de la Semaine : Monsieur le Directeur, vous revenez de Chine après plusieurs jours d’immersion dans le cadre du séminaire sur le leadership des jeunes et la vision globale du Togo. Avec un peu de recul, quel sentiment général retenez-vous de cette visite ?

Alassani Nakpale :
Je voudrais d’abord exprimer ma profonde gratitude aux autorités togolaises, à mon ministre de tutelle et surtout au Président du Conseil, Son Excellence monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, ainsi qu’à l’Ambassadrice de la République populaire de la Chine au Togo, pour cette opportunité qui nous a été offerte de participer à un séminaire aussi riche et particulièrement instructif que celui dont nous avons participé. C’est une expérience qui dépasse largement le cadre d’une simple formation professionnelle. Elle nous a permis de voir, de comprendre et surtout de réfléchir.

M. Nakpale au Musée d’Harbin

À Shanghai, nous avons été confrontés à une Chine qui pense le développement dans la durée, qui articule la formation des ressources humaines, l’innovation, la planification, la technologie, la gouvernance et l’ouverture sur l’exterieur et sur le monde. Les enseignements reçus sur le leadership, le management, la coopération internationale, l’entrepreneuriat et les transformations économiques nous ont donné des outils de réflexion.

Mais ce qui m’a personnellement le plus marqué, c’est le passage de la théorie à la réalité. Nous avons pu constater sur le terrain comment une vision de développement peut progressivement se transformer en infrastructures, en industries, en systèmes urbains et en politiques publiques.

Je retiens donc essentiellement une chose : le développement ne se décrète pas ; il se planifie, il se construit dans la durée et il exige de la constance comme ne cesse de nous le répéter le Président du Conseil, notre Leader Faure Gnassingbé.

Forum de la Semaine : Justement, la visite de terrain à Shanghai a-t-elle apporté quelque chose de plus aux enseignements reçus dans les salles de formation ?

Alassani Nakpale :
Absolument. Une formation en salle permet d’acquérir des connaissances thoriques, mais une immersion sur le terrain permet de comprendre comment ces connaissances sont appliquées. Shanghai est, à cet égard, une véritable école à ciel ouvert. Nous avons découvert un environnement où l’organisation de l’espace urbain, les infrastructures, les transports, la technologie et l’activité économique semblent répondre à une vision d’ensemble.

M. Nakpale entouré du Col. Goumedzoe à sa droite et du Prof Akué Adotevi M. Kpakpo et Dimas Dzikodo à sa gauche à la célèbre Business School of Shanghai, Chine lors du séminaire

Ce qui est particulièrement intéressant pour nous, Togolais, c’est de comprendre que ce que nous voyons aujourd’hui n’est pas le résultat d’une improvisation récente. Il y a derrière cette transformation une longue histoire de planification, de choix stratégiques et de continuité dans l’action publique. Et justement, la continuité, nous en avons besoin au Togo.

La leçon est aussi importante pour nos collectivités territoriales : il faut savoir où et comment nous voulons conduire nos villes et nos communes dans dix, quinze ou vingt ans et commencer dès aujourd’hui à poser les jalons ou fondations de cette ambition.

Shanghai nous montre aussi qu’une ville moderne ne se résume pas à des immeubles ou à de grandes infrastructures. Elle repose sur une organisation, une discipline collective, une administration efficace, une capacité d’anticipation et une volonté permanente d’amélioration.

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Forum de la Semaine : Puis est venue l’étape de Harbin. Qu’est-ce que cette deuxième immersion a changé dans votre perception du modèle chinois ?

Alassani Nakpale :
Harbin nous a offert une autre lecture de la Chine. Shanghai représente davantage, dans ce que nous avons observé, la puissance métropolitaine, l’innovation, la finance, l’industrie et l’ouverture internationale. Harbin nous a permis de découvrir d’autres dimensions : l’histoire, le patrimoine, l’innovation industrielle, la robotique et surtout la revitalisation rurale.

La visite du Centre d’exposition de la robotique et de la fabrication intelligente a été particulièrement impressionnante. Nous avons vu comment la technologie peut être mise au service de l’industrie, de l’agriculture, de la médecine et d’autres secteurs.

Mais j’ai également été frappé par la manière dont Harbin valorise son histoire et son patrimoine. La visite du musée et du quartier baroque nous a montré qu’une ville peut se moderniser sans nécessairement effacer sa mémoire. Au contraire, son histoire peut devenir une composante de son identité et même de son attractivité incluant dans son urbanisation trois éléments clés à savoir conservation, rehabilitation et démolition qui constituent des axes importants de la transformation profonde d’une ville.

Pour moi, Shanghai et Harbin ont donc constitué deux enseignements complémentaires : Shanghai nous parle de projection et de modernité ; Harbin nous rappelle que le développement doit aussi s’enraciner dans l’histoire, la culture, les territoires et les populations.

Forum de la Semaine : Vous êtes également élu local, adjoint au maire d’Agoè-Nyivé 1. Quels enseignements concrets un responsable communal peut-il rapporter d’une telle expérience ?

Alassani Nakpale :
Il y en a énormément.

Le premier enseignement est celui de la planification. Une commune ne doit pas seulement gérer le quotidien. Elle doit avoir une vision de ce qu’elle veut devenir comme nous l’inspire si bien la politique de la mairie de Shanghai.

M. Nakpale et le Col. Goumedzoe aux côtés du responsable du Parti Communiste Chinois, premier responsable du village de Duanshuan dans la municipalité d’Harbin lors d’une descente sur le terrain

Le deuxième est celui de la discipline dans l’exécution. Nous pouvons avoir de très beaux plans de développement, mais si nous ne sommes pas capables de les traduire progressivement en réalisations concrètes, avec l’implication de nos communautés, ils resteront des documents administratifs.

Le troisième enseignement est celui de l’anticipation. Il faut réfléchir aujourd’hui aux problèmes que la croissance démographique, l’urbanisation et les mutations économiques poseront demain.

Pour une commune de reférebce comme Agoè-Nyivé 1, qui évolue dans une agglomération en pleine expansion, cette question est fondamentale. Nous devons penser les questions de mobilité, d’assainissement, d’occupation de l’espace, de gestion des déchets, d’espaces verts, de services publics, d’activités économiques et d’équipements collectifs dans une perspective beaucoup plus longue.

Enfin, je retiens l’importance de la proximité avec les populations. Une politique locale ne peut réussir que si elle répond aux besoins réels des citoyens.

Forum de la Semaine : Ce qui frappe également dans l’expérience chinoise, c’est la profondeur temporelle de la planification. Shanghai travaille depuis plusieurs décennies sur son développement et certaines projections vont jusqu’à 2035. Que pouvons-nous apprendre de cette capacité à penser le long terme ?

Alassani Nakpale :
C’est probablement l’un des enseignements les plus importants de notre séjour. Nous devons sortir d’une conception du développement limitée aux urgences du moment. Un pays, une ville ou une commune doit être capable de penser au-delà du mandat politique ou électoral.

Lorsque vous regardez Shanghai, vous comprenez que certaines infrastructures et certains choix actuels sont les résultats de décisions prises des années au paravant. Et lorsqu’on parle aujourd’hui de projections à l’horizon 2035, cela signifie que ceux qui prennent les décisions ne travaillent pas uniquement pour leur génération. Ils préparent aussi les générations futures. C’est le même le cas de notre pays avec la vision 2040 que vient de projeter le gouvernement sous la direction éclairée du Président du Conseil, son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé . C’est une véritable culture de la continuité.

Pour le Togo, cela doit nous interpeller au niveau de l’opinion. Nous avons besoin de visions à long terme, mais surtout de mécanismes permettant de préserver les grandes orientations de développement au-delà des changements de responsables.

Une bonne vision ne doit pas appartenir à un homme ou à une équipe ; elle doit devenir une ambition collective. Chacun devrait s’en approprier.

C’est aussi valable au niveau communal. Le maire d’aujourd’hui doit accepter de réaliser des ouvrages ou de poser des fondations dont les fruits seront peut-être pleinement visibles par son successeur. C’est cela aussi, servir l’intérêt général.

Forum de la Semaine : Au-delà des infrastructures et de la technologie, quelles valeurs humaines ou managériales avez-vous découvertes chez vos interlocuteurs chinois et qui pourraient inspirer les jeunes leaders togolais ?

Alassani Nakpale :
J’ai retenu plusieurs valeurs : le travail, la discipline, la patience, la recherche permanente de l’efficacité, le respect de la compétence et surtout la capacité à penser collectivement.

Le leadership que nous avons étudié ne doit pas être compris comme la capacité d’un individu à commander. Le véritable leadership consiste à avoir une vision, à savoir mobiliser les autres autour de cette vision et à accepter de rendre compte des résultats.

J’ai également apprécié l’importance accordée à la formation et à l’innovation. La Chine ne considère pas que le développement technologique est quelque chose de définitivement acquis. Elle continue d’investir dans la connaissance, la recherche et les compétences.

C’est un message important et fort pour notre jeunesse. Nous devons encourager nos jeunes à être non seulement des demandeurs d’opportunités, mais également des créateurs de solutions.

Le Togo a des jeunes intelligents, talentueux et capables. Comme le fait déjà le gouvernement, il faut continuer à leur donner davantage de responsabilités, les former, les exposer aux expériences internationales et surtout leur permettre de mettre leurs compétences au service du développement national.

Forum de la Semaine : Au terme de cette expérience, quel bilan faites-vous du séminaire et surtout qu’allez-vous personnellement en rapporter au Togo ?

Alassani Nakpale :
Je dirais que nous revenons avec beaucoup plus que des certificats de formation. Nous revenons avec une autre manière de regarder de faire les choses de penser le développement.

Nous avons découvert une Chine qui ne se contente pas de parler de développement, mais qui le planifie, l’expérimente, l’évalue et l’ajuste dans le temps. Les visites de Shanghai et de Harbin ont donné un contenu concret aux enseignements reçus pendant le séminaire. Elles nous ont permis de comprendre que derrière les résultats visibles, il y a des années de travail, de formation, de planification et de persévérance.

Personnellement, en tant que responsable administratif et élu local, je retiens surtout la nécessité de travailler davantage sur la vision gouvernementale, et la programmation communale, la planification et la continuité de l’action publique, aux côtés de mes responsables administratifs et politiques.

Nous ne devons évidemment pas chercher à copier la Chine. Les réalités togolaises sont différentes. Mais nous pouvons nous inspirer de certaines méthodes : penser loin, travailler avec méthode, investir dans l’homme, valoriser l’innovation et évaluer régulièrement les résultats.

Je souhaite donc que cette expérience ne reste pas une expérience individuelle vécue par les membres de la délégation. Elle doit être capitalisée et partagée avec nos administrations, nos collectivités territoriales, nos jeunes et l’ensemble des acteurs du développement.

Si chacun d’entre nous revient avec la volonté de transformer une partie de ce qu’il a appris en action concrète, alors ce séminaire aura véritablement atteint son objectif.

Et c’est finalement cela, pour moi, la plus grande leçon de Shanghai et de Harbin : une vision n’a de valeur que lorsqu’elle devient une action et qu’elle s’inscrit dans la durée.

Propos recueillis par Dimas DZIKODO

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