Du 28 juillet au 11 août 2026, une délégation de fonctionnaires togolais a participé, à Shanghai, en République populaire de Chine, à un séminaire consacré au renforcement des capacités des fonctionnaires togolais. Organisée par le ministère du Commerce de la République populaire de Chine, en collaboration avec la Shanghai Business School, cette session de formation a permis aux participants d’approfondir leur compréhension de l’expérience chinoise en matière de développement, de modernisation de l’administration, d’innovation, d’industrialisation, de commerce international, de développement territorial et de transformation numérique. Parallèlement aux enseignements théoriques, les participants ont effectué plusieurs visites techniques et culturelles à Shanghai et à Harbin. Ces immersions leur ont permis d’observer concrètement des réalisations chinoises dans les domaines de la robotique, de l’agriculture, de l’industrie, des biotechnologies, des énergies renouvelables, du commerce électronique et de la revitalisation rurale. Membre de la délégation, le Dr Koffi ABOTCHI, traducteur-interprète, enseignant d’anglais à l’université et Président national de Global Peace-ACCORD, revient pour Forum de la Semaine sur cette expérience, ses découvertes et les enseignements qu’il entend mettre au service de son pays.

Forum de la Semaine : Docteur Abotchi, vous venez de participer à ce séminaire de renforcement des capacités des fonctionnaires togolais en Chine. Quel sentiment vous anime au terme de cette expérience ?

Dr Koffi ABOTCHI : C’est d’abord un sentiment de gratitude et de satisfaction. Nous avons eu la chance de participer à une formation particulièrement riche, qui nous a permis de découvrir la Chine sous plusieurs angles : économique, technologique, culturel, social, institutionnel et humain. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est que le séminaire n’a pas été conçu comme une simple succession de conférences. Il y avait une véritable volonté de nous faire comprendre les mécanismes qui ont accompagné la transformation de la Chine et, surtout, de nous permettre de confronter ces enseignements avec la réalité du terrain.

Nous avons été amenés à réfléchir sur des questions essentielles pour un pays comme le Togo : comment planifier le développement ? Comment valoriser les ressources humaines ? Comment développer l’industrie ? Comment favoriser l’innovation ? Comment utiliser la technologie pour améliorer les services publics et la vie des populations ?

Je repars donc avec beaucoup de connaissances, mais aussi avec une responsabilité. Une formation de cette nature n’a de véritable valeur que si les bénéficiaires parviennent à transformer les connaissances acquises en actions utiles dans leur environnement professionnel et dans leur pays.

Forum de la Semaine : Vous avez étudié plusieurs aspects de l’expérience chinoise, notamment la planification, l’industrialisation, le commerce international, l’innovation et la transformation numérique. Quelle est, selon vous, la principale leçon que le Togo peut en tirer ?

Dr Koffi ABOTCHI : Je dirais que l’une des grandes leçons est l’importance d’une vision stratégique accompagnée d’une planification de long terme et d’une certaine continuité dans l’action. Ce que nous avons compris à travers les différentes communications, c’est que la transformation chinoise ne s’est pas faite en quelques années. Elle résulte d’un processus progressif, fondé sur des choix stratégiques, des investissements importants dans les infrastructures, l’éducation, la recherche, l’industrie et les ressources humaines.

Il y a également une autre leçon essentielle : il faut créer les conditions permettant aux compétences nationales de produire de la valeur. Une administration performante, une université dynamique, des centres de recherche connectés aux entreprises et un secteur privé capable d’innover doivent pouvoir travailler ensemble.

Pour le Togo, cela signifie que nous devons davantage penser en termes d’écosystème. Le développement ne peut pas être porté par une seule institution. Il doit résulter d’une interaction entre l’État, les collectivités, les universités, les entreprises, les chercheurs, les jeunes et la société civile. C’est cette culture de la complémentarité que je retiens particulièrement de l’expérience chinoise.

Forum de la Semaine : Le programme comportait également des visites de terrain à Shanghai et à Harbin. Quelle valeur ajoutée ces visites ont-elles apportée à la formation ?

Dr Koffi ABOTCHI : Une valeur ajoutée considérable. Elles nous ont permis de passer de la théorie à la réalité. À Harbin, nous avons notamment découvert des expériences dans le domaine de la robotique et de la fabrication intelligente. Nous avons également pu observer des innovations dans le domaine biomédical et dans l’agriculture. La visite du village de Duanshu nous a particulièrement intéressés par rapport à la question de la revitalisation rurale.

Nous avons découvert des formes d’agriculture associant recherche, mécanisation, technologies numériques et diversification des productions. L’utilisation de drones agricoles, la recherche sur les variétés de riz, la rizipisciculture ou encore certaines expérimentations associant différentes cultures montrent qu’il est possible de faire de l’espace rural un véritable laboratoire d’innovation.

À Shanghai, nous avons découvert une autre dimension : celle d’une grande métropole mondiale organisée autour du commerce international, de la finance, de la logistique, de l’industrie et de la technologie.

La visite de la zone franche de Fengxian a été particulièrement instructive. Chez JA Solar, nous avons pu observer une chaîne industrielle fortement automatisée, tandis que l’expérience du commerce électronique transfrontalier nous a montré comment le numérique peut connecter les entreprises aux marchés internationaux. Ces visites donnent une profondeur particulière aux enseignements reçus en salle.

Forum de la Semaine : En tant que traducteur-interprète et enseignant d’anglais à l’université, quel regard portez-vous sur la dimension interculturelle de cette expérience ?

Dr Koffi ABOTCHI : Elle est fondamentale. Une coopération durable entre deux peuples ne peut pas reposer uniquement sur les accords institutionnels ou les intérêts économiques. Elle doit également reposer sur la compréhension mutuelle.

En tant qu’enseignant et professionnel de la communication interculturelle, j’ai particulièrement apprécié la possibilité d’échanger directement avec nos interlocuteurs chinois. Cela permet de dépasser certaines représentations superficielles que nous pouvons avoir d’un pays lorsque nous le connaissons uniquement à travers les médias.

J’ai également retenu l’importance de la langue dans la construction des relations internationales. Apprendre à mieux communiquer avec son partenaire, comprendre sa culture, son histoire, ses références et sa manière de penser facilite nécessairement la coopération.

C’est pourquoi je pense que les échanges linguistiques et académiques entre le Togo et la Chine devraient être davantage encouragés. Les formations professionnelles peuvent être renforcées par des programmes d’apprentissage de la langue chinoise et par des échanges universitaires plus réguliers. La compréhension interculturelle est un véritable instrument de paix et de coopération.

Forum de la Semaine : Parmi toutes les découvertes effectuées à Shanghai et à Harbin, quelles sont celles qui vous ont personnellement le plus impressionné ?

Dr Koffi ABOTCHI : Il serait difficile de n’en retenir qu’une seule. Mais je dirais que c’est la capacité de la Chine à articuler développement économique, innovation technologique et organisation territoriale.

Shanghai est impressionnante par son niveau de modernisation, ses infrastructures et son rôle dans le commerce mondial. Mais ce qui m’a le plus intéressé, c’est la planification qui accompagne cette modernité.

Le concept de « cercle de vie de 15 minutes », par exemple, montre une volonté de rapprocher les services essentiels des populations. C’est une approche qui nous invite à réfléchir autrement à l’aménagement urbain.

À Harbin, j’ai été particulièrement impressionné par le rapport entre recherche et production. Dans les entreprises et les centres visités, nous avons constaté que la recherche scientifique n’est pas isolée du monde économique. Elle est connectée aux besoins de l’industrie et peut déboucher sur des produits et des services.

J’ai également beaucoup apprécié la manière dont la Chine valorise son patrimoine culturel. L’Avenue Centrale, le pont historique sur la rivière Songhua, le musée de Harbin ou encore les différents sites visités montrent qu’il est possible de préserver l’histoire tout en développant la ville et l’économie. C’est cette combinaison entre mémoire, modernité et projection vers l’avenir qui m’a particulièrement marqué.

Forum de la Semaine : Vous êtes également Président national de Global Peace-ACCORD. Quels enseignements cette expérience chinoise peut-elle nourrir dans votre engagement en faveur de la paix et du développement ?

Dr Koffi ABOTCHI : La paix et le développement sont intimement liés. Il ne peut pas y avoir de développement durable sans stabilité, et la stabilité elle-même est renforcée lorsque les populations bénéficient de perspectives économiques, sociales et éducatives. Ce séjour m’a conforté dans l’idée que la formation, le dialogue et la compréhension mutuelle sont des instruments essentiels de rapprochement entre les peuples.

Nous avons eu l’occasion d’échanger avec des personnes issues de cultures différentes et de comprendre que nos différences ne doivent pas constituer des obstacles. Au contraire, elles peuvent devenir une richesse lorsqu’elles sont abordées dans un esprit de respect.

L’expérience chinoise montre également l’importance de donner aux populations, notamment aux jeunes, des perspectives et des possibilités de participer au développement.

À travers mon engagement associatif, je pense que nous pouvons contribuer à la restitution de certains de ces enseignements, notamment en matière de formation, de dialogue interculturel, d’éducation à la paix et de promotion d’une culture de responsabilité citoyenne.

Forum de la Semaine : Vous voilà de retour au Togo. Que comptez-vous faire personnellement de cette expérience et quel message adressez-vous aux autorités et à vos compatriotes ?

Dr Koffi ABOTCHI : Je considère ce séjour comme un point de départ et non comme un aboutissement. À titre personnel, je compte partager les connaissances acquises dans mes différents espaces d’intervention, notamment dans le milieu universitaire et dans le cadre de mes activités professionnelles et associatives. Nous avons reçu beaucoup d’informations et d’expériences qu’il serait dommage de conserver individuellement.

Je pense également que chaque participant doit devenir un vecteur de transfert de compétences. Le rapport de cette mission ne doit pas rester un document administratif. Il doit servir de base à une réflexion et, autant que possible, à des actions concrètes.

À l’endroit des autorités togolaises, je dirais qu’il faut poursuivre et approfondir ces programmes de renforcement des capacités, tout en mettant en place des mécanismes de suivi permettant de mesurer ce que les bénéficiaires font réellement de leurs acquis.

Il serait également intéressant de développer des partenariats plus structurés entre nos universités, nos centres de recherche, nos entreprises et leurs homologues chinois.

Enfin, à mes compatriotes, particulièrement aux jeunes, je voudrais dire que le monde est vaste et que nous devons apprendre à le découvrir. Mais découvrir le monde n’a de sens que si nous revenons ensuite pour mettre nos connaissances au service de notre pays.

Nous ne devons pas revenir de Chine uniquement avec des photographies et des souvenirs. Nous devons en revenir avec des idées, des compétences, des contacts et surtout la volonté de contribuer à construire un Togo plus performant, plus innovant et davantage ouvert sur le monde.

Forum de la Semaine : Merci, Docteur Abotchi.

Dr Koffi ABOTCHI : C’est moi qui vous remercie

Propos recueillis par Dimas DZIKODO

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