Après plusieurs jours d’immersion au cœur des innovations technologiques, industrielles et rurales de Harbin, les jeunes cadres togolais ont retrouvé les « amphithéâtres » de la métropole de Shanghai, où se poursuit le Séminaire sur le leadership des jeunes et la vision globale au Togo. Organisée dans le cadre de la coopération sino-togolaise, cette nouvelle étape met l’accent sur une dimension essentielle du leadership contemporain : la capacité à comprendre les cultures, à dialoguer avec elles et à gouverner dans un environnement de plus en plus interdépendant.

Par Dimas DZIKODO

La journée de formation d’hier, a été marquée par deux séquences majeures : une réflexion approfondie sur la communication interculturelle et une immersion dans la pensée politique développée par le président chinois Xi Jinping dans son ouvrage de référence, La Gouvernance de la Chine (Volume II).

La communication interculturelle, une compétence stratégique du dirigeant moderne

Sous la conduite de Qun Kuang, maître de conférences et Docteur en sciences de l’éducation, les participants ont été invités à dépasser la conception traditionnelle de la communication pour en saisir toute la dimension culturelle. Dès l’ouverture des travaux, la formatrice a rappelé qu’aucune communication n’est culturellement neutre. Chaque geste, chaque mot, chaque silence, chaque attitude est profondément façonné par les valeurs, les croyances, les représentations et les normes héritées de la société dans laquelle évolue l’individu. Pour illustrer cette réalité, elle s’est appuyée sur les deux références majeures de la communication interculturelle : le modèle de l’iceberg culturel d’Edward T. Hall et la théorie de l’oignon culturel de Geert Hofstede.

Mme Kuang Qun lors de la formation

Au-delà des manifestations visibles de la culture — langue, gastronomie, habillement ou traditions — ces modèles montrent que l’essentiel demeure invisible : les systèmes de valeurs, les conceptions du pouvoir, la perception du temps, les rapports sociaux, les émotions ou encore les mécanismes de prise de décision. Autant d’éléments qui influencent profondément les relations professionnelles et diplomatiques.

Les cadres togolais ont ainsi exploré les principales dimensions culturelles identifiées par Hofstede, notamment l’individualisme face au collectivisme, la distance hiérarchique, la gestion de l’incertitude, la masculinité et la féminité des sociétés ainsi que l’orientation à long terme, pour ne citer que ceux-là ! L’enjeu, a insisté Mme Qun Kuang, _« est de permettre aux futurs décideurs de développer une intelligence interculturelle capable de prévenir les incompréhensions, de renforcer la confiance entre partenaires et de favoriser une coopération internationale durable.

Comprendre avant de convaincre

À travers plusieurs études de cas, la formatrice a démontré que nombre d’échecs dans les négociations internationales ou dans la gestion des organisations multiculturelles trouvent leur origine non pas dans des divergences d’intérêts, mais dans une mauvaise interprétation des comportements culturels. Les participants ont ainsi analysé les différences entre communication directe et indirecte, pensée analytique et pensée holistique, conception indépendante ou interdépendante du “soi”, ainsi que les caractéristiques des relations interpersonnelles selon les contextes culturels.

Les Professeurs Kossi Komi (Cabinet du PC) et Akue Adotevi Mawusse Kpakpo, Directeur de la Coopération de l’Université de Lomé, rejoignant le bus après la communication

Cette démarche a conduit les stagiaires à une véritable introspection, les invitant à identifier leurs propres référents culturels afin de mieux comprendre ceux des autres. Le message est demeuré constant tout au long de la formation : dans un monde globalisé, le leadership ne consiste plus seulement à diriger, mais également à écouter, comprendre, s’adapter et créer des passerelles entre les cultures.

La pensée de Xi Jinping au cœur de la réflexion sur la gouvernance

L’après-midi a ouvert une seconde séquence tout aussi stratégique avec une conférence consacrée à La Gouvernance de la Chine (Volume II) du Président Xi Jinping, présentée par Shen Quan, sous l’égide de la Base de formation du MOFCOM pour les fonctionnaires internationaux de Shanghai Business School. Loin d’être une simple présentation bibliographique, cette intervention a proposé une lecture approfondie de l’ouvrage comme un véritable manuel de gouvernance publique, exposant la vision chinoise du développement, de l’administration de l’État et de la modernisation nationale.

Maquette d’un quartier de la métropole de Shanghai

Les participants ont découvert que ce second volume rassemble les discours, interventions et orientations du président Xi Jinping sur les grandes priorités nationales : approfondissement des réformes, modernisation de la gouvernance, réduction de la pauvreté, innovation scientifique, développement écologique, lutte contre la corruption, État de droit, revitalisation rurale, diplomatie et construction d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité.

Les échanges ont particulièrement insisté sur l’un des principes cardinaux de cette gouvernance : placer le peuple au centre de toutes les politiques publiques. Selon cette approche, l’action gouvernementale ne se mesure pas uniquement à travers des indicateurs économiques, mais surtout à sa capacité à améliorer concrètement les conditions de vie des populations.

Cette philosophie se traduit notamment par la méthode dite des « Trois consultations auprès du peuple », qui consiste à consulter les besoins réels des citoyens avant de définir les politiques publiques, à recueillir leurs propositions afin d’enrichir la décision publique par l’intelligence collective, puis à évaluer les résultats en fonction du niveau de satisfaction de la population.

Pour les intervenants, cette démarche illustre une conception de la gouvernance fondée sur la proximité avec les citoyens, la recherche permanente de solutions concrètes et l’amélioration continue des politiques publiques.

La “Ville du peuple”, une nouvelle conception du développement urbain

La conférence s’est également attardée sur le concept de « Ville du peuple », devenu l’un des axes majeurs de l’urbanisation chinoise. Cette vision considère que la ville ne doit pas être pensée uniquement comme un espace de croissance économique ou de modernisation des infrastructures, mais avant tout comme un lieu conçu pour répondre aux besoins des habitants: Accessibilité des services publics, mobilité, qualité environnementale, participation citoyenne, espaces verts, sécurité, inclusion sociale et bien-être collectif deviennent ainsi les principaux critères d’évaluation des politiques urbaines. Cette approche illustre la volonté chinoise d’associer efficacité administrative, développement durable et amélioration constante de la qualité de vie.

Former une nouvelle génération de dirigeants ouverts sur le monde

À travers cette journée de formation, les cadres togolais ont été amenés à réfléchir aux défis du leadership au XXIᵉ siècle, dans un contexte marqué par la mondialisation, les mutations technologiques et l’intensification des échanges internationaux. En conjuguant intelligence interculturelle, ouverture aux expériences étrangères et découverte des méthodes chinoises de gouvernance, ce séminaire s’inscrit pleinement dans la dynamique du partenariat stratégique entre le Togo et la Chine. Au-delà des enseignements académiques, il ambitionne de former une nouvelle génération de responsables publics capables de conjuguer vision globale, enracinement national et gouvernance centrée sur les résultats, l’innovation et le bien-être des citoyens.

Une partie de la Bibliothèque électronique de Shanghai

Auparavant, les deux délégations togolaises qui ont suivi la conférence, conduite respectivement par le Directeur de Cabinet du ministère de la Décentralisation, M. Robert B. Bakaï et le Commissaire-Colonel Directeur de l’Hôtel Sarakawa, Goumedzoe K. Agbenyega, étaient au Pavillon des pratiques de la Cité du Peuple de Shanghai, pour suivre au Salon de lecture au bord de l’eau de la Cité du Peuple une démonstration grandeur nature de l’histoire de l’évolution de la ville de Shanghai et le fonctionnement de la bibliothèque électronique de ladite ville. Ineffable !

Dimas DZIKODO depuis Shanghai, Chine

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